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L’anglais décrit dans le château fermé. – A.P. de Mandiargue – Chapitre X

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Chapitre X : Pendant la guerre

« Pendant la guerre, souvent, ils me livraient bien emballés et ficelés des officiers et des soldats qui étaient tombés dans leurs embuscades. Les prisonniers figuraient à mes spectacles, faisaient le sujet de mes expériences ; le maquis y gagnait d’être débarrassé d’eux sans se compromettre et de recevoir de moi quelque supplément de finance. Ainsi, d’un gros colonel wurtem-bergeois, je me rappelle que nous nous donnâmes la comédie de lui faire retirer son uniforme, son linge, et puis, tout nu, de tatouer sur la peau de son corps ledit unifor­me sans en rien oublier, ni les jambières, ni les décorations, ni les galons, ni l’étui du pistolet, ni le moindre bouton réglementai­re.
Après quoi, quand le bonhomme eût sucé (sans les mordre) les vits des nègres, et qu’il eût avalé tout le foutre, il fut expédié de la main de Caligula. J’ai grande sympa­thie pour les Israéliens, dont j’ai appris qu’ils faisaient subir la première partie de ce traitement à des officiers supérieurs et géné­raux de l’armée britannique, avant de les renvoyer, décorés de la sorte, à leur quartier. Ce serait une mode à répandre, que de tatouer ainsi tous les militaires de profes­sion. Mon seul regret est de n’avoir jamais pu me procurer, malgré la promesse d’une grosse prime, un exemplaire de ces glorieux généraux russes qui, plus que tous les autres, sont chargés d’or et de quincaillerie ; sur tel cuir de cosaque, à graver ces grandes épaulettes, ces brochettes de médailles, pensez quel joli travail on aurait pu faire ! »

Un mugissement assez lugubre, derrière nous, mit fin au quasi-monologue de M. de Montorgueil C’était  signal, me dit-on, qu’é­tait servi le déjeuner — le nègre Gracchus qui beuglait et râlait dans un grand coquil­lage tourné en spirale. Nous descendîmes, quand le buccinateur eut définitivement perdu le souffle.
— N’est-ce pas chez vous une petite manie, demandai-je à mon hôte, de donner une telle importance à la race de tous ceux dont vous contez l’histoire ?
Votre observation est bonne, dit-il. Je ne suis jamais arrivé à perdre complètement cette vieille habitude anglaise, et mauvaise, de parler d’un beau caniche, d’un gros percheron, d’un persan crème, plutôt que d’un chien, d’un cheval ou d’un chat. Tout ce qui nous vient de ces foutues patries nous rend sots.

Et il me poussa vers la salle à manger.

Là, dans le décor de la veille (mais à cires éteintes ; les tentures, roulées comme des voiles au-dessus d’un grand vitrage, du côté de la cour, laissant entrer dans la pièce un jour plutôt maussade), je trouvai la compa­gnie à laquelle je m’attendais ; c’est-à-dire qu’il ne manquait que Michelette, qui avait fait son temps et dont les crabes devaient avoir déjà nettoyé les petits os. Nous prîmes place dans l’ordre de la soirée précédente, à cette unique différence, encore, que Montcul et Luna de Warmdreck ne partageaient avec personne leur canapé.
Edmonde, quoique surgie de la cuisine où, nous dit-elle, elle avait passé des heures à l’intention de notre gueule, était souriante et fraîche ; sa gorge et son cul bondissaient sous la chemise mauve, plus gros et plus beaux par l’effet d’une guêpière en cuir doré qui étran­glait la taille. Les deux nègres firent leurs allées et venues avec de grands plateaux d’oursins, ce dont je me réjouis, d’abord, car je n’aime rien tant que les délicieuses grappes orange ou safran qui sont la ponte de ces vivants fruits de mer, mais je fus désappointé, car d’oursins ce n’étaient que des carapaces, et chacune contenait un testi­cule (d’agneau) braisé, sur un lit de purée d’échalotes. Blâmant ce mets, qui était, à mon goût, détestable, je lui trouvai pourtant de l’esprit, et j’en louai l’invention, car la coquille de l’oursin, couleur chair à l’inté­rieur et velue d’un poil piquant à l’extérieur, est morphologiquement un con avec tant d’évidence qu’elle pourrait passer pour une plaisanterie de la nature. Il y avait donc un certain humour à loger une couille en tel endroit, plus banalement adapté à recevoir une tête de vit.

Cependant que les nègres, avec des mines de porcs, dévoraient les testicules et gamahuchaient l’intérieur des carapaces, Montorgueil à son habitude, vitupérait l’Angleterre, et il nous contait des histoires d’un sien parent, Mountarse du siècle passé, avec qui la reine Victoria plantait ramures à son époux ainsi qu’à son amant principal : Lord Alfred Tennyson.
A la première bordée, dit-il, que mon oncle tira sur le royal matelas, il sodomisa Sa Gracieuse Majesté, et d’un si bel élan qu’elle en fut toute ravie, car elle avait fort à se plaindre du Poète Lauréat qui, pour des raisons fondées notamment sur la lecture de la Bible et du dictionnaire médical, ne la voulait emmancher pas plus d’une fois par semaine et jamais ailleurs que dans ce qu’il appelait le « vase de bonne moralité », id est : le vagin.


Mon oncle, au contraire, qui était un homme à queue, la besogna dans tous ses orifices, sans rechigner, après qu’il lui avait bien rempli le con, à lui en remettre plein le cul, plein la bouche et même plein les trous du nez. Il paraît — ce que je vous dis là, je l’ai lu dans les mémoires (encore inédits, malheureusement) de mon oncle Jonathan Mountarse — que la reine avalait goulûment le foutre et qu’elle raclait du plat de la main tout ce qui bavait et dégouttait de partout où on l’avait pinée pour se le jeter, après, dans le gosier, en braillant que c’était meilleur que du sabayon au whisky, et qu’auprès de la jute de Mountarse celle de Tennyson n’était que de l’eau de riz. Mon oncle finit par étriller la royale garce à coups de bretelles ; alors, pour l’en remercier, elle le fit chevalier de la Jarretière. Je n’ai pas réussi à la Cour aussi bien que sir Jonathan. Avouons, car en tout je veux être juste, qu’il bandait assurément plus vite que moi ; et puis les culs des royalties se sont rarement trouvés à portée de mon lastex.

Il s’interrompit pour se servir d’un plat de petites langues (si petites que je ne saurais les attribuer à nulles bêtes qu’à des cochons d’Inde), avant de reprendre, presque sans transition.
— Observez, je vous prie, l’objet par excel­lence usuel de la famille et du foyer en Grande-Bretagne : la théière anglaise. Il faudrait être bien dépourvu de sens critique pour admettre que pareil ustensile sert exclusivement à préparer des infusions. La forme, en vit mesquin, de son bec, son ventre rond que nos morues nationales emplissent d’eau chaude avant de se l’appli­quer sur la motte, vous indiquent, sans possible erreur, sa destination.

La théière anglaise (certaine, que j’ai vue, était gainée d’astrakan comme le bas-ventre d’un zoulou) est un godemiché ; sans doute le res­tera-t-elle jusqu’à la fin du monde, ou jusqu’à ce que mes compatriotes aient appris (chose improbable) à faire reluire un peu leurs tristes femelles. N’est-ce pas, d’ail­leurs, l’idéal de toutes les femmes au Royaume-Uni que l’homme-tronc, infirme à gros vit, théière encore, qui leur serait absolument remis à discrétion ? J’ajouterai, toujours à propos de cette forme singulière­ment allusive, que la théière anglaise ressemble tellement aussi à la tête d’un rhinocéros que j’ai souvent rêvé de posséder un animal de cette espèce, dressé à foutre de la corne ; j’aurais lâché mon bestiau dans le Parc, à l’heure des petits sermons, et je vous assure qu’il y aurait eu du cri, du mouve­ment, de la joie…
Il devenait monotone, dans son chauvinis­me à rebours (c’était comme un caquet de toupie irlandaise) ; alors, pour changer de musique, je lui rappelai qu’il m’avait promis une autre histoire, et précisément l’arrivée de son amie, la jeune princesse, à Gamehuche.

— Qu’en pense ladite jeune princesse ? demanda-t-il.
Et encore, maniant sans indulgence les seins de sa voisine :

— Répondras-tu, bougresse ? C’est de toi qu’il s’agit.
— La princesse et la bougresse sont aux ordres de M. de Montorgueil pour tout ce qu’il lui plaira d’exiger, dit l’Allemande, avec un soupir et un beau mouvement de gorge.
Bon, reprit-il ; je suis un galant hom­me, et sans le consentement de la principale intéressée je n’aurais rien raconté du tout, mais, puisqu’elle le veut, je commence.

« C’est donc entre le printemps et l’été de l’année 1942 que je rencontrai pour la première fois le général baron von Novar, lequel venait d’être promu au commande­ment des forces aériennes pour la région de basse Bretagne. Ayant entendu parler de votre hôte et serviteur comme d’une sorte d’original anglais (l’expression a toujours cours), dégoûté de sa propre patrie mais grand admirateur de la nouvelle Allemagne, le général m’avait voulu connaître, et fort civilement, je dois l’avouer, pour étonnant que cela paraisse), après que les siens m’eu­rent averti de la visite, il s’était fait conduire au château et présenter à moi. Au bruit de l’escorte motocycliste, pétaradant sur la plage en attendant que le gué devînt prati­cable aux machines, je m’étais heureuse­ment avisé (pour éviter tout fâcheux inci­dent) d’enfermer dans l’une des tours grillées deux Juifs que m’avait confiés le maquis et qui provenaient d’un petit village de l’inté­rieur, où ils s’étaient réfugiés assez légère­ment.

« Novar, car j’avais su dire ce qu’il fallait pour plaire à telle brute, bientôt m’aima plus que tous ses compatriotes (qu’il mépri­sait, d’ailleurs, quand leurs grades étaient plus bas que le sien) ; ce fut au point qu’il ne pouvait plus se passer de moi, et trois ou quatre fois par semaine il venait me retrou­ver à Gamehuche. Son habitude était de se faire toujours accompagner par sa nièce, la jeune princesse de Warmdreck, que vous voyez là et que je touche au bon endroit, sous sa robe, en ce moment même. La prin­cesse est maniable. La putain est rieuse. Rira bien qui rira le dernier. Mais je crois que je m’écarte de mon histoire.
Le général — pour revenir à notre mouton galonné — s’était donc pris pour moi d’une affection fanatique et, dans un accès de confiance qu’assurément je ne méritais pas, il me raconta, sous le sceau du secret, comment et pourquoi il avait emmené sa nièce avec lui. Le prétexte allé­gué étant qu’il avait besoin de la jeune fille en tant que secrétaire, la véritable raison de sa démarche avait été de lui faire quitter l’Allemagne pour qu’elle échappât au service du travail obligatoire et à certaines promiscuités indignes d’une personne de son rang, s’il y avait eu des princes régnants, avant Bismarck, dans la famille.

« Au début, c’est avec un petit ennui que j’avais subi des visites auxquelles l’équilibre fragile de ma position ne me permettait évidemment pas de me dérober, mais je fus séduit, bientôt, par le comique involontaire qui fait aigrette aux officiers supérieurs et généraux dans les armées de tous les pays du monde, et je ne me lassai plus des confiden­ces de Novar. Un mouton, d’ailleurs, je le répète, pour le caractère. Et sa nièce com­mençait à me donner bien agréable­ment à penser. Avec eux venait souvent un troisième personnage, que je voyais avec moins de plaisir et qui me regardait sans amitié. Celui-là, dont il se laissait entendre, quoique de façon non pas officielle, qu’il était fiancé à la princesse Luneborge. ser­vait avec le grade de pilote lieutenant dans les formations maritimes de la Luftwaffe ; son insigne était une chose en forme d’aile­ron ou de nageoire. Noble aussi, et de toute première catégorie, mais bien moins humain que bestial, c’était un garçon blanc et roux qui avait près de deux mètres de haut et qui répandait autour de lui une forte odeur de chenil. Peut-être abusait-il du shampooing au pyrèthic. S’il bandait avec ostentation (les culottes militaires et ces courtes vareuses sont coupées exprès pour faire montre de cela), il n’était pas besoin d’être devin, ni père aumônier, pour voir que la putain de nièce mouillait pour lui et que ia grosse bite du premier savait à fond les bons coins de ia seconde. Or (l’ai-je dit ?), j’avais ces coins-là dans la tète et dans le ventre comme on y a la poignante image de Saint-Pierre de Rome, des Invali­des ou d’un bordel encore inédit.

La chaleur augmentant à mesure qu’al­lait la saison, le général envoyait quelquefois une voiture militaire pour me prendre à Gamehuche et me conduire sur une plage déserte, près de Saint-Quoi-de-Vit ; le trio s’y baignait habituellement sous la garde des seuls motocyclistes, postés, rigides, au pied d’une petite dune. Novar, qui s’abritait d’une ombrelle, jasait avec innocence, sans qu’il fût nécessaire de l’écouter plus que le gravier bruissant. Luneborge laissait que le soleil l’eût rougie, puis, toute pivoine et muette, elle se jetait à la mer et poussait très loin au large d’une nage puissante et tran­quille. La suivait à courte distance ce bougre que je détestais : le lieutenant Conradin. J’étais bien sûr que les fiancés s’emman­chaient dans la pleine eau (succulent exploit, d’ailleurs, dont voici la recette éprouvée : la femelle faisant la planche, le mâle se place dessous, et puis, guidant le vit bandé dur à la fente de son choix, brutalement, si l’eau salée lubrifie mal, il enconne, ou encule, d’un bon coup de reins ; alors il n’y a plus qu’à se confier au mouvement des vagues, qui vous bercent l’échiné ainsi que des mains serviles appliquées sous un hamac ; mais n’oubliez pas, c’est prudent, de vous passer au cou, pour ne pas risquer de le perdre, caleçon ou maillot, le linge retiré au début de l’opération). Quand ils revenaient, après une heure ou plus encore, le visage tiré de fatigue et le souffle rompu, j’enviais l’homme. La putain s’abattait sur le sable, défaite comme si elle avait servi une escoua­de de tirailleurs ; paupières baissées tout de suite sur les patientes aiguës-marines que vous voyez là (je ne connais rien qui provoque aux grands excès comme le vide de telles prunelles enchâssées bleu pâle dans une peau bien dorée), elle séchait au soleil ses beaux cheveux, son beau pelage noisette exhibé sans pudeur aux aisselles. Lui, le salaud, d’une main glissée dessous je voyais qu’il lui maniait doucement les fesses, et il rebandait à l’ouvrage, tandis que d’une légère houle de la croupe et du ventre elle montrait qu’elle n’était pas insensible.

Foutrechaud ! je me jurai que la garce avant longtemps servirait d’étui à ma pine.
Mis au courant de mon désir, prévenus qu’il y aurait grassement à gagner le jour où l’on m’apporterait en bon état la triple proie, les hommes du maquis firent leur plan d’attaque. Ce fut le lendemain de la Saint-Jean qu’ils l’exécutèrent, et par une matinée de chaleur dense qui devait inévi­tablement faire courir au bain mon gibier, tandis que j’avais prétexté de sauts à travers le feu, de rondes et des autres fatigues de la veille pour ne pas m’écarter du château.

« Le soleil brûlait à faire péter les cailloux du rivage, et il tapait durement sur le ras des crânes germaniques. Aussi les motocyclistes qui, en bons soldats, dormaient debout à leur poste, furent-ils au sable avant d’avoir pu se mettre en garde, moins grièvement atteints qu’étourdis par des projectiles issus d’armes pneumatiques et silencieuses de mon arsenal particulier. Les trois personna­ges principaux venaient de se rhabiller si, même pour eux, il faisait vraiment trop chaud ce matin-là (et une demi-heure plus tard mes gens de main eussent trouvé la plage vide) ; nulle résistance n’étant pos­sible, ils furent pris, ficelés, bâillonnés, encagoulés, jetés sur une charrette entre deux lits de varech comme des homards que l’on veut tenir frais. Alors on revint aux blessés (légèrement) et, puisque la mer commençait à monter, on les enfouit très proprement jusqu’aux épaules, tout nus, mais les bras liés au torse, dans le sable humide, à cinquante mètres à peu près des premières vagues ; cela de façon qu’ils eussent bien le temps de voir venir le flot avant d’être saisis dans ses remous. La noyade ainsi, par jappements, écume et dérobades, je suis assez d’avis que le système nerveux doit s’y déchirer, et s’effriter la raison, comme dans la mort sous le fouet. Peut-être même y avait-il trop de munificen­ce à traiter aussi luxueusement un si piteux bétail que des plantons ordinaires de la Luftwaffe.

« Quant aux prisonniers, lorsqu’ils furent déchaperonnés (permettez-moi, s’il vous plaît, ce terme de fauconnerie!, ils se trou­vaient dans la salle où nous sommes, et c’était vers la fin de l’après-midi ; rideaux tirés, toutes cires allumées, quoique au dehors il fît grand jour et que la chaleur fût encore excessive. Les maquisards étaient disparus, éparpillés dans la lande et dans le bocage sitôt après avoir empoché leurs napoléons.
Vous voyez autour de vous, à cette diffé­rence qu’il est maintenant dans son éclairage diurne, le théâtre du jeu ; passons briève­ment en revue, acteurs, victimes, figurants, les personnes qui vont y prendre part :
Nous avons donc, du côté des étrangers, le général von Novar, le lieutenant Conradin et la princesse de Warmdreck. Les deux premiers sont en petit uniforme de la Waffe, mais chaussés d’espadrilles non pas régle­mentaires. Luneborge, pieds nus, est vêtue seulement d’une courte robe de plage en toile orange, qui fait belle montre de ses épaules brunes, de ses aisselles, de ses jambes et d’un intéressant début de gorge. « De l’autre côté, celui des habitants du château, voici d’abord le maître de maison, votre serviteur ; lequel porte ce jour-là une robe de chambre en cachemire noir, ceintu­rée de soie violette, qui lui donne un peu l’air de « Sa Grandeur Mgr de Garnehuche ». Entièrement nu sous cette robe de chambre, il est chaussé de pantoufles en daim noir, à talons violets. Se trouvent à sa droite et à sa gauche deux filles de race noire, nos jeunes amies Viola et Candida, toutes nues dans de longues robes fendues par devant et dégrafées qui, mauve l’une, la seconde rosé vif, ont été bâties de peaux de ces chèvres du Tibet qui ont le poil doux comme du cheveu de femme ; les jambes de ces coquines paraissent encore plus élancées du fait d’escarpins rouges à talons hauts. Les deux nègres Gracchus et Publicola, torse nu, pieds nus, n’ont rien que des culottes collan­tes — l’un satin blanc, cramoisi l’autre — qui leur tombent plus bas que le genou selon la mode des anciens pêcheurs napolitains ; et puis, pour compléter le costume ou pour occuper leurs mains, ils tiennent chacun sur un plat d’argent un grand bouquet d’asper­ges, dont Mgr de Gamehuche, comme avec distraction, sucera une branche, parfois.
« Seuls personnages que vous ne connais­siez pas {et pour cause !), deux Juifs dont il fut déjà question, John-Henry Rotschîss, trafiquant naguère en ferrailles, et le dentiste Simon Vert, achèvent la compagnie. Ces deux-là (je les y ai forcés sous prétexte de les protéger par tel déguisement) sont en habits de capucins, de la couleur brenneuse que vous savez ; leur teint livide, le brillant de leur peau suintant gras vont dans le froc aussi naturellement que des feuilles d’oseille sous le ventre d’une alose.

« Et maintenant, sans autre lever de rideau, le jeu commence. Les prisonniers se regardent, regardent autour d’eux, me regardent, avec quelque ébahissement et des cillements d’yeux qui font penser à des nocturnes saisis dans un faisceau de lumière. Puis les hommes ont dû se rappeler qu’ils sont sont de guerre, officiers, nobles et Prussiens, car ils prennent cet air de tronc que l’on sait et qui est une sorte d’érection morose. La fille, au contraire, toute molle, ondule comme une petite loutre apeurée.
« Selon les prérogatives de son grade, le général a droit aux premiers mots. C’est pour me dire que je serai fusillé, et qu’il va me montrer comment meurent les héros de son pays.

« — Double erreur, mon cher général, je ne serai pas fusillé car nul des tiens ne saura jamais que ce fut ici, dans un trou à crabes, le terme de ta trop longue carrière ; et il ne s’agit pas de mourir en héros de ton pays ou d’un autre, mais de me réjouir par le specta­cle de ton abaissement, de ton déshonneur et des vexations que l’on va t’infliger. Hébreux, je vous livre le général, traitez-le comme il vous plaira.
« Je le mouche d’une double torsion nasa­le, je lui donne du pied aux couilles, je le pousse vers les Juifs. Ceux-là, voyant l’uni­forme de leurs bourreaux habituels, d’abord avaient fui derrière la colonnade, puis, reve­nus à petit trot, ils s’étaient mis à ricaner si férocement et si horriblement que, n’eût été leur utilité en tant qu’instruments vexatoires, je crois que je les aurais fait dépêcher avant même de m’attaquer aux Allemands.

(à suivre)

Chapitre de Toulouse – Soirée du Vendredi 13 Juillet 2012 – 22h – PLAISANCE DU TOUCH

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CHAPITRE DE TOULOUSE

Soirée au Donjon de la Bastille, donjon des soumissions

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Chapitre de Rennes – Soirée du 28 Juillet 2012 – Le Moulin des Monts d’Arrée

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Chapitre de RENNES

Soirée du Samedi 28 Juillet 2012 – 20h

 

NUIT D/S AU MOULIN

C’est dans un ancien moulin à eau, au coeur des Monts d’Arrée, que sera organisée le Samedi 28, notre soirée mensuelle de Juillet.

Comme de coutume, un apéritif et un excellent buffet vous sera servi, éventuellement à l’extérieur, si le temps le permet.

Nous fêterons ce soir là, comme il se doit, mais avec un peu de retard, la deuxième année de notre association.

Le Dress code est traditionnel, mais obligatoire :

Les hommes seront de noir vêtus, et les femmes seront juste trop sexy, ou trop dévetues…

Partcipation aux frais :

Adhérents à la communauté :

couples : 40€, hommes seuls : 40€ (quota limité), femmes seules : invitées

Non adhérents :

couples : 60€, hommes seuls : 60€ (quota limité), femmes seules : 20€

Il est possible de réserver des chambres sur place au tarif de 60€ y compris le PDJ

Attention : les réservations avec pré paiement sont obligatoires.

Elles devront parvenir avant le lundi 23 juillet à l’adresse suivante :

LCDT

Moulin de la Chaussée

29410 PLOUNEOUR MENEZ

Si les pré-paiements ne sont pas parvenus pour la date indiquée, au mieux la participation sera majorée de 30%, au pire l’entrée sera purement et simplement refusée, conformément au règlement de l’association.

Un groupe « Anneau de Justine » sur facebook

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Mesdames, Messieurs,

Afin de faire connaitre L’Anneau de Justine au plus grand nombre, nous avons le plaisir de vous informer qu’un groupe vient d’être créé sur facebook.

Ce groupe est privé, seuls les membres peuvent commenter ou partager (photos, liens….)

Si vous possédez un compte, n’hésitez pas à nous rejoindre ici : https://www.facebook.com/groups/165474520251618/.

Merci de votre participation pour faire grandir l’Anneau !

L’anglais décrit dans le château fermé. – A.P. de Mandiargue – Chapitre IX

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Chapitre IX: M. de Montorgueil ou l’équilibre entre philosophie et arrivisme

— Qui est donc cette baronne Séphora, dont il fut question tout à l’heure ? demandai-je après quelques moments, pour rompre le silence plutôt que par curiosité.
— Oh ! dit Montorgueil c’était une personne assez dépourvue d’intérêt. Austro-Polo­naise, passant la cinquantaine, elle m’avait été livrée par les garçons d’un maquis, où elle avait cherché refuge dans la crainte de la police allemande. Elle se donnait des airs qui n’étaient sur rien fondés, ba­fouillait un peu de théosophie, préten­dait à se nourrir uniquement d’œufs crus, de laitages et de miel. Comme elle affec­tait aussi de détester les animaux, et les chiens en particulier, à la manière de Restif,
je me suis amusé à faire foutre cette vieille peau par mes dogues. Le plus drôle de l’his­toire fut quand elle refusa de se tenir à quatre pattes, prête au martyre, si l’on voulait, mais soucieuse de sa « dignité d’être humain » ; et elle se roulait toute nue par terre, où ses cuisses, affligées de cellulite, grelottaient comme des rideaux mouillés.
Pour l’obliger à faire la chienne, nous dûmes attacher ses pieds et ses mains à quatre anneaux que vous voyez ici, en outre du collier qui a suffi à Michelette, et placer sous son ventre un fagot de branches d’aca­cia. Bien saupoudrée, vous l’auriez vue faire beau cul pour Wellington. Quelles épousail­les ! La gueuse en eût redemandé… Mais, et je m’en excuse, je me sens tout à coup un peu las. La faute en est à cette petite coquine qu’ils sont en train d’expédier. Ne voudriez-vous pas —j’en aurais, quant à moi, très grand plaisir — que nous reprenions demain notre entretien ? Vous me pourriez rencon­trer vers midi, sur le rempart du château, et nous jaserions en regardant la mer avant d’aller déjeuner.

J’acceptai le rendez-vous. Je souhaitai bonne nuit à mon hôte ; il se retira. Nous libérâmes Edmonde, qui geignait sous ses liens, et puis je gagnai ma chambre avec Viola et Candida, et dans le grand lit circulaire nous fîmes encore une longue partie de queue, avant de céder à ce bon sommeil d’après foutre, qui est paisible, profond, réparateur, et qui mérite, en vérité, le nom de sommeil du juste ou de sommeil de l’in­nocent.

A mon réveil (premier, devrais-je dire), il faisait jour et j’étais seul dans la chambre ronde. Le désordre des draps, plaqués, non loin de moi, de foutre sec, témoignait assez bien que je n’avais pas rêvé certains exploits de la veille, et je savais que si j’étais sorti, puis rentré, j’aurais été saisi à la gorge par cette puissante odeur que laissent les femmes de peau noire quand elles ont passé la nuit dans un lieu clos. Je m’abstins, toute­fois, de faire l’épreuve, préférant demeurer coi dans une puanteur où je ne flairais rien (habitude aidant) qu’un air un peu lourd. Celui-ci, la fatigue et mon immobilité valaient une bonne dose de narcotique : je fis encore un somme.

Il ne devait pas être beaucoup plus tard quand un joyeux vacarme me réveilla de nouveau. Alors je vis paraître mes belles amies, qui (poussant, tirant et non sans peine) produisirent hors du trou de l’escalier un plateau de dimensions impressionnantes, lequel, posé sur le lit comme une table, portait de grandes tasses toutes pleines d’un chocolat épais et maléfique, une pyramide de galettes sorties du four à mi-cuisson, des compotiers de purée d’anchois aux fines herbes, de hachis de viande crue et de cibou­le, des confitures de fleurs d’acacia, de capu­cines et de violettes. L’excuse étant de restaurer nos forces, nous fîmes assaut de gloutonnerie ; mes amies, je m’en souviens, faillirent s’étrangler de rire (j’oubliais d’avertir que, pour bâfrer, elles s’étaient mises toutes nues, et que je n’avais pas non plus le moindre vêtement) quand une tartine de violettes me peignit les lèvres et le palais de la couleur qu’on voit aux chiens chow-chow ; chez elles, l’effet en restait inaperçu, naturellement. Les vertus de cette collation, que l’on me permettra d’appeler musquée, se firent bientôt sentir, et je payai de retour les jolies gourmandes en leur en fourrant plein la bouche, et puis plein le ventre, mais à coups de pique. Avouons, pour être franc, que Viola seule obtint du foutre ; je ne voulais pas, dès le matin, émousser trop mon arme.

Après cette bourrasque, il y eut accalmie ; puis nous descendîmes tous les trois ensemble dans la salle de bains, et là, dans le grand bassin que d’avance on avait rempli d’une eau saturée probablement de gaz, puisqu’elle fumait et pétillait comme du Champagne tiède, nous fîmes durer long­temps des ablutions rendues tout à fait déli­cieuses par les prétextes qu’elles offraient aux jeux innocents et pervers, aux recher­ches intimes, aux plaisantes comparaisons, aux fausses naïvetés, aux curiosités enfanti­nes et à la satisfaction desdites curiosités. En bref, je sortis du bain bandé à neuf, les muscles gonflés, la tête libre, le cœur réglé comme un chronomètre. Rien ne vaut les enfantillages, quand il s’agit de remonter un homme. Et plutôt qu’à ce Balthazar, sous le nom duquel on m’avait affublé, je me comparai au roi Salomon parvenu à l’âge le plus vénérable et qui retrouvait la vigueur de ses jeunes années en mêlant son vieux corps aux ébats lascifs de petites filles nues.

Je me rasai ; Candida me frictionna au gant de crin ; Viola me passa quelques langues, et puis du talc, aux endroits parti­culièrement sensibles. Toutes deux, ensuite, m’aidèrent à m’habiller. Ce fut ainsi que la veille, et par-dessus le vêtement brillant que j’ai décrit elles jetèrent une grande cape, d’allure assez pastorale, qui par la couleur et la matière du tissu semblait avoir été coupée dans un pan de mousse morte. Disparues leurs nudités aussi sous des robes en astra­kan, ouvertes par devant, comme des lévites, et dont les peaux ne se distinguaient en rien du poil lustré de Candida, nous sortîmes ; cependant je quittai mes amies dans la cour, au pied d’un escalier qu’elles m’avaient indiqué pour l’ascension que je voulais faire.

Là-haut, je ne trouvai personne. Un grand vent soufflait, qui me glaça, et je serrai frileusement autour de moi l’étoffe, épaisse par bonheur, qu’il faisait claquer. Je pris le chemin de guet, par où j’arrivai à une terras­se de belle étendue, quoique de forme, irré­gulière, située au-dessus de ce que j’ai appelé le principal corps d’habitation, c’est-à-dire du donjon et des deux petites tours latérales ; ladite terrasse, bordée d’un para­pet point très haut du côté de la cour, suivait évidemment le plan en ligne festonnée des bâtiments qui la supportaient, tandis que du côté de la mer elle était limitée par la courbe du rempart. Il ne devait pas être loin de midi, si mon ombre sur les dalles de granit faisait une tache qu’aurait couverte un gros lapin. La pleine mer était passée de peu ; refluait le courant, bien visible selon le trajet des paquets d’écume, des varechs et des menus corps flottants ; une bouée, sur sa chaîne, tirait vers le large ; mais il s’en fallait de plusieurs mètres qu’on vît rien paraître de la chaussée qui reliait le château à la terre, et les vagues, sans se briser, léchaient la base du rempart comme elles font la coque d’un navire en eau profonde. Des oiseaux gris tourbillonnaient, avec des cris de folles.

Il est un peu tard pour les voir plonger, dit une voix. C’est à marée montante que le poisson vient près de la surface, et qu’ils font leur butin.

Celui que j’attendais, averti, je pense, par les moricaudes, était monté sans que j’eusse rien entendu, et il se tenait à côté de moi, tête nue, les cheveux dans le vent, le reste chaudement couvert d’une pelisse en renards de pays, qui traînait un peu sur ses pantoufles.

Le visage de Montorgueil, quand on a eu le bonheur (ou le malheur) de le rencontrer, ne s’oublie pas facilement, et je suis persuadé que les victimes de cet homme, en fermant pour la dernière fois leurs paupières, auront emporté son image dans la mort. Un peu plus grand que normal selon les proportions du corps, le visage dont je parle apparaît troué de grands yeux très clairs, à la prunelle jaune paille, sous des sourcils brun roux, très minces ; le nez est grand, un peu busqué sur des narines bien ouvertes et frémissan­tes ; grande aussi la bouche, avec des lèvres très pâles, strictement closes, cambrées voluptueusement comme les babines des plus gros félins ; la peau, presque trop blanche, est rasée de si près, poudrée si exactement, que l’on n’y a jamais vu un soupçon de poil. Flotte sur tout cela une très grande chevelure acajou et cuivre, divisée en deux vagues par une raie au-dessus de l’œil gauche, et qui retombe plus bas que les oreilles, à la mode des femmes et de certains pédérastes ridicules (mais Montorgueil, qui n’est pas pédéraste, est tout au monde plutôt que ridicule). Le cou, assez féminin, se trouve arrondi du bas comme par un début de goitre, et Montorgueil ne porte jamais que des cols (de soie) ouverts ou des cols très larges. Il faudrait dire aussi un air entre l’aigle pêcheur et le prélat anglican, qui n’est pas le moins singulier du personnage.

Je parle de lui au présent, comme s’il était vif, car malgré ce que j’ai appris (et que l’on apprendra dans la suite), je doute encore qu’il ne le soit plus.

Voyant que je l’examinais de la tête aux pieds, il se mit à rire.
— Que pensez-vous de notre carnaval ? me demanda-t-il.
Et comme je ne savais quoi répondre, il poursuivit :
— Ne me prenez pas tout à fait pour une chère petite folle qui soignerait son vague à l’âme par le moyen du travesti. J’aurais tort à nier, pourtant, le goût un peu outré que j’ai pour le masque et pour tous les déguise­ments possibles et imaginables. N’imputez qu’à celui-là le menu du dîner qui vous fut servi hier soir et résignez-vous : vos prochains repas seront dans le même ordre, ou, si vous préférez, dans le même désordre. Vous admettrez bien aussi, puisque j’avais décidé de me retirer du monde, de rompre absolument avec mon milieu, mon existence passée, et puisque à ces diverses fins je suis devenu propriétaire de ce château situé, nous l’avons vu, en marge de la terre des hommes, château que j’ai fait reconstruire et décorer sans aucun souci esthétique, mais dans la seule ambition d’y créer un climat dépaysant, vous admettrez, dis-je, qu’il convenait encore d’y abolir le costume aujourd’hui porté presque sans exception d’un bout du monde à l’autre. Tel costume, d’ailleurs, étant assez vilain d’aspect, mal commode aux parties délicates de notre corps et puant le commun bourgeois anglais, créature que dans le rang des êtres naturels je placerais très peu au-dessus du rat d’égout (mus panticus selon les zoologues, pantegana dans la cité des doges). Ce dix-huitième siècle de fantaisie dont j’habille tous ceux qui, de bon gré ou de force, me viennent rejoindre à Gamehuche, bien entendu je ne le prends pas au sérieux ; pourtant je trouve qu’il ne vous va pas mal et qu’il va délicatement à mes nègres. Et ces robes de chambre que nous portons vous et moi, sous nos grands manteaux de plein air, l’idée m’en est venue en écoutant (une fois de plus) l’une des choses qui me sont les plus chères dans le domaine de la musique : la fin du premier acte de Don Giovanni. Il saute aux yeux que les dessins du seul Anglais qui ait jamais su tenir un crayon ou un pinceau (celui qui repose au cimetière de Menton ; soit dit pour abréger la devinette) m’ont largement aidé à composer mon vestiaire.
Si je fis une réponse à cet endroit, elle était insignifiante, et je ne veux pas la rappeler, non plus, d’ailleurs, que toute la part (seule­ment de comparse) que je pris à la conversa­tion. Ce ne sont donc que les propos de Montcul (un peu comme des Montculiana) qu’à partir d’ici je citerai, et sans doute ne seront-ils pas même rangés dans l’ordre exact où ils furent prononcés ce matin-là. Mais ils n’en mettront pas moins un peu delumière sur le génie bizarre du seigneur de Gamehuche.

— J’ai vécu dans la plupart des grandes villes d’Europe, et surtout à Paris et à Londres. Je vous avoue que je m’y suis toujours ennuyé fort à ces passe-temps virils que, selon votre langage et votre tempéra­ment, vous appellerez noce, libertinage, galan­terie ou crapule, et que leurs limites, trop tôt rencontrées, ne m’ont jamais permis d’y prendre un plaisir véritable. L’adultère sous sa housse en imprimé Géraldy, franche­ment, quelle purge ! Et ces jeunes filles dont le déshabillé répandait une forte odeur de gibier d’eau, rue Paul-Valéry, ou encore dans une accueillante maison de la rue du Bac, pleine de chats siamois et de sujets anatomiques comme des ex-voto de plâtre médical, quelle litanie ! Tant d’hommes, là-bas, dont le point d’orgueil est de se préten­dre coureurs de filles, chasseurs de femmes ; l’idée ne se fera-t-elle jamais place en leur petit crâne que, de toute chasse, l’essentiel est la mise à mort ? Quête, traque, poursuite (ce sont les mots qu’ils emploient), leur jeu ne cesserait d’être factice et frivole que s’il aboutissait non plus à une simple fouterie d’après bal de famille mais au pur déchaîne­ment du chasseur sur sa proie. « C’est chose assurément bien fragile que la beauté d’une belle femme. Suffît d’un rasoir au bout d’un bras de nègre (ou dans la main velue d’un orang-outan, selon nos classiques préférés), et en trois mouvements un peu lestes ce qui fut votre perle, votre tulipe noire, votre idole, votre chef-d’œuvre de la création, ressemble fort à une tête de veau écorchée. »
« Et puis comment admettre, je vous prie, que ces putains qui nous auront servi puis­sent encore servir à tant d’autres après nous ? N’y a-t-il pas quelque impardonna­ble manque d’esprit dans cette tolérance ? Ne vous semble-t-elle pas en contradiction flagrante avec les formes que nous exigeons, ailleurs, du plaisir ? Quand nous avons savouré un beau poisson, ou une volaille, notre satisfaction est meilleure, et nous digé­rons mieux, de voir qu’il n’en reste sur le plat qu’une carcasse effondrée. C’est tout de même que la débauche, à mon avis, ne va pas sans la destruction physique de la créature qui n’était là que pour nous don­ner le plaisir de son corps. Car il n’est pas d’autre façon d’éteindre vraiment le désir, ah si j’étais capable d’amour, alors je crois que j’épouserais, et que j’aimerais fidèle­ment à travers toutes les épreuves et jusque dans les plus grands supplices. Mais l’amour est un mot galvaudé. »

« Cette jeune Allemande que vous avez vue hier soir, il est probable que je ne lui ferai pas grâce, car je ne l’aime pas véritable­ment et je n’ai jamais pensé que je pourrais l’épouser ; cependant elle me ressemble telle­ment en de certaines choses que, jusqu’ici, je lui ai toujours épargné le pire. Aucune de mes putains passées, d’ailleurs, ne m’a fait perdre autant de foutre que cette coquine-la. Ainsi, pour elle, le danger est encore lointain. Mais je ne crois pas qu’elle se fasse la moindre illusion sur ce qui l’attend à la fin de son service.
« Tout à l’heure, quand nous serons à table, rappelez-moi de vous conter comment elle est arrivée au château. L’histoire en est plaisante. »

« Pendant les dernières années que je passai au milieu des hommes, avant que je n’eusse revêtu mon habit d’ermite, il me prenait fantaisie d’imaginer (et d’exécuter, presque toujours) maintes choses qui se peuvent accomplir sans insurmontables difficultés, mais dont l’idée, malheureuse­ment, ne vient à personne. Ainsi, voler est fastidieux, collégien et un peu fleur à la boutonnière, à moins que l’on ne soit dans le besoin (et dans ce dernier cas il est beau­coup plus facile de gagner légalement ses banknotes), mais rajouter des tableaux au Louvre ou à la National Gallery, faire pénétrer des objets saugrenus dans l’ordre poussiéreux et solennel des musées natio­naux, voilà des crimes vierges : non punis­sables, veux-je dire, si le législateur ne s’est pas encore avisé qu’ils sont possibles et que, même, ils ont déjà été commis. Semer des éditions de grand prix (la première, entre autres, des Fleurs du Mal et la Délie de chez Sulpice Sabon) dans les boîtes à dix francs au choix, sur les quais, m’amusa. Je plaçai des perles de belle taille dans plusieurs huîtres et puis je distribuai mes coquillages aux éventaires, en prenant garde que le marchand ne me vît pas ; la plupart étant bien fines, cependant, pour la bonne surpri­se, j’en mis aussi quelques fausses. Pareille­ment j’introduisis des louis d’or dans l’esto­mac des carpes les plus grosses, au marché du quartier Saint-Paul, qui est, comme vous savez, le quartier juif. On se battait aux pois­sonneries, le lendemain, et deux femmes avec quelques enfants périrent dans le tumulte. Des anguilles et des écrevisses vivantes apparurent dans les bénitiers des églises, singulièrement à Notre-Dame, pour la grand-messe ; ce fut soupe aux poissons pour le bedeau. A l’inverse de ces libéralités, une solution de strichnine ou de certains prussiates, mais à dose foudroyante, que l’on injecte à la seringue sous l’écorce d’oranges ou de mandarines, jetées ensuite aux étalages, donne souvent, comme disent les médecins, un excellent résultat. Je vous recommande encore (mais il ne faut pas se livrer trop fréquemment à cette plai­santerie) des punaises bien pointues que vous éparpillerez, après les avoir enduites d’une pommade au curare, sur le plan­cher des pontons qui servent aux bains fluviaux.

« Enrichir ainsi le hasard est source de grandes joies. Vous y trouveriez le calme des nerfs, la paix de l’âme, plus sûrement qu’à perdre tout un baquet de foutre. Pourtant je parierais que vous ne suivrez pas mon conseil, car (une fois de plus, laissez-moi m’en étonner) personne (ni même la jeune princesse de Warmdreck) ne s’est jamais rencontré qui partageât avec moi le goût et l’intelligence de ces entreprises. »

« J’avais fait une belle liste de mes amuse­ments passés et à venir, que je regrette, à votre égard, de n’avoir pas conservée. Quand vraiment je fus au bout de la liste, je partis pour Gamehuche. Mon installation et l’aménagement du château, selon les directi­ves que vous connaissez, étaient terminés de peu quand survint la guerre ; bien à point, je l’avoue, pour supprimer avec le vieil ordre légal la plupart des obstacles qui auraient gêné mes desseins.

« Ce n’est pas sans plaisir, naturellement, que j’appris la défaite des forces armées d’Angleterre, de France et de Belgique et leur course éperdue vers les Pyrénées. Étant sain d’esprit, j’ai toujours aimé voir cavaler les militaires de mon pays ; à leur passage au contrôle, dans la région de Gamehuche, ceux-là étaient bons premiers, grâce à la vélocité des camions de la R.A.F. Quelques jours plus tard, les Allemands arrivaient, et ils occupèrent toute la côte.
« Comme j’affichais hautement la haine et le dégoût que j’ai de ma patrie, et comme, choqué par l’idiotie des Battenberg qui venaient de changer leur nom contre celui de Mountbatten, j’avais, moi, traduit le mien et fait Montorgueil de Mountarse, les Alle­mands, dans un élan de cette énorme stupi­dité qui est tout le fond de l’âme germani­que, me prirent pour un fasciste anglais, ou je ne sais quoi, enfin pour un sûr partisan de leur cause, et ils me donnèrent leur bienveil­lance et leur appui. En même temps je m’étais acoquiné (c’est bien le mot) avec les chefs de la résistance locale ; la complicité de ceux-là (assassins, voleurs, maquereaux et si parfaits imbéciles qu’ils étaient tout à souhait) facilita grandement mes affaires. Aujourd’hui que la guerre est terminée, ces jeunes frappes ont jeté le masque tricolore, et c’est en procureurs, uniquement, qu’ils me servent. Pour de l’argent (ou plus préci­sément pour un peu d’or monnayé à l’effigie d’un Badinguet perclus) ils me fournissent en garçons, filles, enfants ou bestiaux tout ce dont je puis avoir besoin ; avec autant de zèle que chez des Napolitains…

(à suivre)

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