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by Luciole

Mademoiselle

30/04/2017 in Littérature

Chapitre 1

Monsieur vint à enfoncer le dernier clou.
La longue boite de bois clair était à présent parfaitement scellée.
Il prit alors un marqueur et inscrivit sur l’étiquette apposée sur le dessus de celle-ci, d’une belle écriture manuscrite faite de pleins et de déliés, « Propriété de A. ».
Il se releva et sourit.
Puis il adressa un rapide signe de tête aux deux hommes qui patientaient silencieusement sur le perron. Ils vinrent se placer de chaque côté de la caisse, la soulevèrent prestement et la chargèrent à l’arrière de la camionnette où d’autres étaient déjà entreposées.

Monsieur baissa les manches de sa chemise et réajusta sa cravate avec un air à la fois amusé et satisfait, enfila sa veste et se dirigea vers sa voiture.

La camionnette démarra en trompe… Son petit chargement avec elle.

À l’intérieur de la boite, la chaleur était étouffante, tout comme le bâillon qui lui remplissait la bouche et la corde qui lui comprimait la poitrine. L’espace exiguë, ainsi que les liens solidement serrés autour de ses chevilles et de ses poignets rendaient tout mouvement impossible. Mademoiselle ne pouvait que prendre son mal en patience.
Ce qu’elle fit en bonne petite Idiote qu’elle était et comme on le lui avait appris.
Qu’il était bon de pouvoir de s’abandonner parfois à la bêtise !

Cependant, l’inconfort sommaire de son habitacle, ajouté au stress de ce fichu bâillon et de ses entraves, ainsi qu’aux soubresauts de la route, ne faisaient qu’accroître la boule d’appréhension, mêlée d’excitation, qui lui vrillait le ventre quant à son devenir.

Elle avait toute confiance en son Maître et s’était offerte à lui corps et âme, aussi s’abandonnait-elle à travers chacun de ses délires pervers et fantasques à ses propres fantasmes et se laissait-elle couler dans le courant de ses propres désirs inavoués et interdits. Néanmoins, il lui fallait chaque fois partager son plaisir avec la peur et l’inconnu, seule condition sine qua none à son excitation.

Après un long trajet, et quelques autres arrêts, la camionnette cessa sa course et s’immobilisa enfin à l’arrière d’une vaste demeure de pierres sombres à l’extrémité d’un grand parc impeccablement entretenu.
On ouvrit les portes et les deux hommes entreprirent de décharger leur étrange cargaison.
Six caisses furent descendues et entreposées dans le vaste hall attenant à l’entrée.
Une resta à l’arrière de la camionnette qui déjà repartait.

Mademoiselle perçu que le véhicule s’était arrêté et qu’on la déplaçait comme un vulgaire colis lors d’un déménagement. L’appréhension qui, durant le trajet, avait pleinement pris possession d’elle, ne lui laissa guère le loisir de se sentir outrée. Cela viendrait bien plus tard. Tout comme le fait de se sentir prise par autre chose que par l’appréhension.

Elle se laissa brièvement glisser dans le lit de ses songes érotiques… Mais déjà les voix autour d’elle la ramenèrent à la réalité.

Une fois le chargement déposé au sol, trois hommes apparurent et commencèrent à vérifier la bonne conformité de la livraison. Ils firent sauter méthodiquement les couvercles des trois premières caisses et ricanèrent en en découvrant le contenu, apeuré et quelque peu ridicule, présenté ainsi. À l’intérieur de chacune des trois caisses se trouvaient une femme en sous-vêtements, étroitement ligotée et bâillonnée, en sueur et les yeux écarquillés. D’autres hommes vinrent emporter ces caisses à présent ouvertes et dont le contenu n’attendait plus qu’à être préparé et présenté.

Mademoiselle entendit qu’on s’affairait près d’elle… Le bois qui grinçait et craquait, les rires moqueurs et les cris étouffés qui n’étaient au final que de vains grognements. Puis se fut son tour d’être exposée aux regards libidineux des hommes de l’ombre, lorsque le couvercle de sa propre boite fut brusquement arraché. Elle se sentit totalement impuissante, réduite à l’état de paquet dont on allait disposer à convenance. Elle fusilla de son regard noir les trois hommes penchés au-dessus d’elle et se raidit soudainement, mais vainement, quand ils la sortirent sans précaution aucune de sa caisse et la posèrent debout en équilibre précaire sur ses pieds, sans même se soucier d’elle.
Rustres !!!

La jeune femme, fraîchement sortie de son emballage, portait d’élégants sous-vêtements de satin rose pâle qui ressortaient sur sa peaux chaude et mate. Juchée sur de très hauts talons, elle paraissait vaciller et risquer de tomber à chaque instant. Ses chevilles étaient étroitement liées entre elles, ses fins genoux également, et ses poignets, ainsi que ses coudes, étaient contraints dans son dos, la faisant ressembler à une paupiette prête à être enfournée. Un épais bâillon de tissu lui emplissait toute la bouche, l’empêchant de prononcer ne serait-ce qu’un seul son et sa chevelure dense et noire était en bataille. Malgré toutes ces caractéristiques qui la faisaient ressembler à une petite Dinde toute droit sortie d’un bordel, elle conservait une allure fière et un port élégant que rien ne semblait pouvoir altérer.
Il en va ainsi de certaines femmes qui, quelles que soient les situations qu’elles traversent, n’en gardent pas moins une attitude racée. Mademoiselle faisait immanquablement partie de cette catégorie.

Elle ne voyait pas grand-chose dans la pénombre, si ce n’était la hauteur vertigineuse du plafond, quelques sculptures et des tableaux dont elle ne percevait que les contours.
La brutalité et le sans-gêne de ces hommes la heurtaient, mais lui rappelaient à tout instant sa condition de soumise et d’objet. Elle avait beau se présenter à eux dans une tenue peu orthodoxe, son bâillon, ses entraves la sublimaient, et elle se sentait comme drapée dans une humiliation plus ou moins feinte. Ses yeux, arrogants, brillaient de mille et un éclats de jais et, malgré la situation pour le moins embarrassante, elle se tenait droite et fière, prête à affronter le destin de petite Pute que son Maître semblait avoir tracé pour elle et qu’elle embrassait avec fièvre.

Un homme en costume sombre entra dans la vaste salle et, sans même porter le moindre regard à Mademoiselle, intima l’ordre aux trois autres de préparer la jeune Salope comme il en était convenu. On fit donc amener un diable dans la pièce sur lequel on plaça Mademoiselle. Après lui avoir détaché les jambes, on lui ôta sa culotte et elle fut donc mise à genoux, les cuisses écartées, avant d’être solidement ligotée au chariot. Ainsi, Mademoiselle, se retrouvait-elle agenouillée au niveau du sol et montée sur roulettes, prête à être véhiculée à l’envie.
Et c’est ce que l’on s’empressa de faire.

On l’emporta sans ménagement, dans un dédale de couloirs, vers une autre pièce, au plus profond de la demeure.

Arrivée dans une sorte de salle basse et voûtée, que seules quelques bougies baignaient de leur lumière, on entrepris de lui ôter son bâillon dans lequel, Mademoiselle avait abondamment bavé. Elle ressemblait dès lors d’avantage à une petite souillon qu’à une fière princesse. On enleva donc le tissu qui lui occupait toute la bouche, lui essuya les lèvres et, après avoir remplit la bouche de Mademoiselle de sa propre culotte, lui replaça fermement un nouveau morceau d’étoffe entre les dents.
Mademoiselle en était pour ses frais, sa liberté buccale ne lui ayant été octroyée qu’un bref instant. Tout juste le temps de déglutir et d’envisager, peut-être, de hurler… Ou pas.
Puis on laissa Mademoiselle le cul et la chatte à l’air sans même se soucier d’elle.

Elle ne savait réellement que penser. Pourtant habituée à subir de multiples outrages, elle avait toujours su relativement bien gérer les situations, même les plus improbables, et ce, notamment, grâce à la présence constante de son Maître qui y faisait pour beaucoup. Or, à cet instant, elle se demanda où celui-ci pouvait bien être… Dissimulé derrière une tenture, posté dans la pénombre ? Elle restait persuadée qu’il était quelque part, pas très loin, veillant sur elle et l’observant, guettant même ses possibles renoncements.
Sa fierté revenue et sa confiance restaurée, Mademoiselle tenta de se redresser un peu.
Aïe ! Ils l’avaient ligotée bien serrée, les salauds !
Elle se contenta alors de relever la tête et d’observer autant que possible les lieux.

Au bout d’un long moment, Mademoiselle perçue, à l’extrémité du couloir, une lueur qui se rapprochait d’elle. Un homme accompagné d’un chien s’avançait tranquillement. Un vigile probablement. Arrivé à sa hauteur, l’homme, qui paraissait ne pas la voir, s’immobilisa et alluma une cigarette. Le chien, somme toute similaire à tous les chiens, semblait être le seul à remarquer la présence de Mademoiselle, qu’il renifla bruyamment, se demandant, si ce n’est de quel genre elle était, au moins à quelle espèce elle appartenait. Mademoiselle était une femelle, assurément de celle des petites Chiennes. Son odeur ne trompa pas l’animal qui ne poursuivit pas plus loin ses investigations et entreprit de lui lécher l’entre-jambes qui semblait avoir joli goût, au vu de son application à le faire.

Mademoiselle, dans un premier temps surprise, gigota abondamment pour tenter de se défaire de ses liens et grogna tout autant. Cela eu pour conséquence d’exciter plus encore l’animal qui fourra de plus belle sa truffe dans la petite chatte humide de Mademoiselle qui rougissait de honte. Cependant, la montée de son plaisir l’emporta sur son combat intérieur. Elle sentait les vagues d’un orgasme incontrôlable l’assaillir au gré des coups de langue de la bête sur son sexe.
Envahie par un orgasme fulgurant, elle se retrouva à jouir comme une petite Catin dans son bâillon, libérant des flots de cyprine sur le museau de l’animal et se sentant plus Salope que jamais.
Mademoiselle se serait choquée elle-même, si elle en avait eu le courage et l’envie !

Une fois sa tâche accomplie, le chien se lécha les babines et pissa sur le bas ventre de Mademoiselle en guise de remerciements.
Puis, lui et son maître reprirent leur ronde.

Mademoiselle resta pantelante de longues minutes à ne plus trop savoir où son esprit divaguait. Le plaisir particulier qu’elle avait ressenti avec l’animal la rendait curieusement troublée, hésitant entre la honte et la satisfaction. Mademoiselle ne savait trop si elle préférait attendre que l’on vienne s’occuper d’elle à nouveau ou qu’on l’oublie définitivement, la chatte ruisselante et béante.

Mais déjà, au bout du couloir, une autre lueur apparaissait…

Chapitre de Paris – Samedi 7 Mars 2015 – 21h – Soirée D/S – 75004 L’Escarpin

19/02/2015 in Evènements, Littérature, Soirées thématiques

flyer150307Chapitre de Paris
Samedi 7 Mars 2015 – 21h
Conférence d’Erospower et Soirée D/S
L’Escarpin – Club SM
12 rue du Prévôt
75004 PARIS – Le Marais
Station de métro: Saint-Paul

Conférence sur le livre d’Erospower (Comment trouver une soumise ?) a 21h30 par l’auteur
Attention : Fermeture des portes à 22 h (pour respecter le conférencier et ne pas l’interrompre par des allées et venues intempestives) suivie d’une signature et débats ,
puis place aux jeux bien sur !
Entrée : 50 euros par couple, H seul : 70 euros
Boissons : softs ou drinks : 10 euros, Buffet salé sucré.
Places TRES limitées. Réservations obligatoires.
Renseignements et Réservations en écrivant à g.berthou@hotmail.fr à l’intention de Maitre Françoys. (ou par téléphone : 06.31.80.23.60)

Soirée du 17 Mai 2014 – Villa de tous les supplices – dédicaces du Carnet Bleu

09/05/2014 in Art, Evènements, Littérature, Soirées thématiques

Chers amis,

Douce CHALENDAR-CORDELL, auteur du « Carnet Bleu », sera présente à la soirée organisée par Mister-et-O, à la villa de tous les supplices, à Lyon, ce samedi 17 Mai 2014 et dédicacera personnellement son livre  « Le Carnet Bleu », qui sera disponible sur place, pour ceux qui ne l’ont pas encore acheté.

Douce CHALENDAR-CORDELL est très souvent présente sur notre site sous le pseudo « Douce CC »

L’anglais décrit dans le château fermé. – A.P. de Mandiargue – Chapitre XII

02/08/2012 in Art, L'anglais décrit..., Littérature

Chapitre XII : Saturne dévorant ses enfants (âmes sensibles s’abstenir)

J’étais encore sous le coup de cette impression quand je vis arriver Montorgueil, suivi du nègre Publicola qui n’avait d’autre habit qu’une culotte en grosse toile rouge, coupée sur une jambe au genou, sur l’autre au milieu de la cuisse. Mon hôte s’envelop­pait d’un grand manteau à capuchon, dont l’étoffe, entre gris et mauve avec des lunules pâles, plus que d’un moine fantasque lui donnait l’aspect d’un énorme et fort inquié­tant papillon de nuit.

— Ab ! me dit ce démesuré bombyx, que je vous présente les sujets de l’expérience. Voilà donc Mme Auguste Valentin (comme en famille, nous l’appellerons par son prénom : Bérénice), la jeune épouse d’un avocat de Bordeaux qui eut à défendre mes intérêts et qui très bien s’en acquitta ; voilà leur fils unique, Césarion, en qui l’on avait mis de si nobles espérances que j’ai vraiment du chagrin à l’idée qu’elles vont être déçues tout à l’heure, et qu’il ne sera jamais rien de lui. Mais que faire ? Il faut sacrifier beau­coup si l’on veut connaître quelque chose. Remarqués, puis signalés par moi, ravis par mes vauriens (chez qui la fin de la guerre a laissé une insupportable nostalgie de ce genre d’entreprises) pendant une promena­de aux Quinconces, la mère et le fils m’ont été livrés peu de jours avant votre venue. J’ai eu soin de les conserver frais, pour vous les donner en spectacle.
Celle qu’il me désignait ]’écoutait avec une fervente attention, et elle tenait les yeux fixés sur nous, mais elle ne prononça pas le moindre mot, et je ne devais jamais enten­dre le son de sa voix, Seulement, à mesure que Montorgueil discourait, elle étreignait son enfant avec plus de tendresse et de crainte. Bérénice Valentin était une très jolie jeune femme, de type français, mais plus touran­geau que gascon ; son visage, régulièrement dessiné, s’encadrait de cheveux châtains, coupés au-dessus des épaules ; ses yeux avaient la couleur des bleuets ; sa petite robe blanche laissait entrevoir des formes élancées, bien faites pour toucher un cœur sensible à cela ; ses jambes étaient nues et dorées ; aux pieds, elle avait des souliers de tennis.

D’aussi beaux sujets, malheureusement, sont rares, reprit le maître du château. Mes recherches ne vont qu’à de très jeunes épouses, indubitablement chastes, mères d’un seul enfant, lequel ne doit pas avoir plus d’une dizaine de mois. On a quelque peine à se procurer en nombre suffisant des bestiaux qui répondent à toutes ces conditions, et l’on n’est pas souvent gâté, comme aujour­d’hui, sur le chapitre du coup d’œil. Vous allez voir, maintenant, en quoi consiste l’ex­périence.

Sur un ordre de lui encore, les deux nègres empoignèrent la jeune femme et lui arrachèrent son enfant, ce qui s’exécuta sans un cri, mais non pas sans résistance. Après quoi, quand ils eurent jeté le marmot dans un coin, ils conduisirent leur patiente à la croix de Saint-André contre laquelle ils la placèrent, dos sur le bois. Par les poignets et par les chevilles ils la lièrent très étroitement aux quatre bouts des axes, et sa tête posait sur une planchette à collier, au centre de l’appareil. Quand ils eurent fini, et quand il fut évident qu’elle ne pourrait remuer de nulle part que du milieu de son corps, ils allèrent reprendre l’enfant, qu’ils dépouillè­rent de tout ce qui l’emmaillotait ; puis ils le suspendirent par les mains à cette sorte de trapèze que j’ai dit, devant la croix. Le visage de la mère et celui de l’entant se trouvaient ainsi l’un en face de l’autre, et rigoureuse­ment à la même hauteur.

— Bien, dit le maître ; mais rapprochez un peu le trapèze.
L’on rapprocha, jusqu’à donner à la Femme la plus claire et la meilleure vision de son malheureux fils. Et quand cela aussi fut au point, Gracchus fit sous la robe une caresse insolente.

— Comme d’habitude, lui dit Montorgueil, tu vas aller derrière cette femelle pour l’obliger à garder les yeux ouverts. Il pourrait lui venir caprice de les fermer, et nous aurions travaillé pour rien.
Lui et moi, nous étions dans nos grands fauteuils, à moins d’un mètre de la scène.
A toi, Caligula. Tu sais ce que tu as à faire.

Le grand nègre se baissa pour prendre le rasoir, et il vint, dansant un peu, vers ceux que l’on avait préparés pour des traitements que je ne savais encore, mais que je devinais cruels. D’abord il palpa le corps de Bérénice Valentin, maniant brutalement les seins et les cuisses, et il la regardait dans les yeux avec un mauvais rire. Son vit était tendu comme une barre, dans la culotte large. Je m’attendais à le voir tomber sur la femme, que ses liens exposaient sans aucune défense à toutes les attaques, et qui tremblait, mais c’est vers Femànt qu’il se tourna. Après avoir tracé du doigt, sur le petit visage, une ligne médiane, il appuya en haut de cette ligne le fil de son arme, et d’un mouvement précis et doux, maintenant sa victime d’une poigne solide, il trancha rapidement la peau du front, celle du nez (avec le cartilage), les lèvres, les gencives et le menton jusqu’au bas du cou ; puis ce fut le tour de la poitrine, du ventre, enfin du sexe menu qu’avec applica­tion il partagea en deux moitiés strictement égales. Le sang giclait de partout, horrible­ment. Alors le nègre (qui avait des ongles longs) saisit les deux bords de la plaie à l’en­droit de ce qui avait été le nez, et il tira violemment la peau à gauche et à droite, écorchant ainsi, en quelques secondes, le visage de l’enfant sous les yeux de sa mère. La manœuvre fut répétée plus bas, afin de dépouiller tout le petit corps sur sa face antérieure, jusqu’aux cuisses. La mère, à qui l’autre nègre tenait, de force, les yeux ouverts, n’avait pas perdu un détail de la terrible opération, et elle respirait avec un bruit de houle. Au lieu de la blancheur à laquelle on se fût attendu, ses joues avaient pris un teint de pourpre, qui répondait curieusement à l’aspect hideux du petit écorché.

— A ce moment de la vie où les femmes sont encore liées à leur créature comme par un fantôme de cordon ombilical, dit Montorgueil, détruire en un instant, devant elles, le visage de leur unique enfant, ce visage qui contient tout leur amour, qui est le lieu de toutes les raisons de leur existence, hors duquel il n’est pas un objet, ni une image, qui les puisse vraiment émouvoir, l’effacer à leurs yeux comme par un trait de gomme, le changer en figure anatomique, pensez au bouleversement (le mot est beaucoup trop faible) que cela doit produire en elles, Et admirez-moi d’avoir inventé pareil instru­ment de choc. Si la fibre nerveuse se comportait comme en chimie les molécules, à quelles réactions n’assisterions-nous pas ? Mais la nature humaine est absurde, et c’est le plus incroyable qui est commun. Généra­lement, voyez-vous, cela les échauffe.
Caligula avait plongé sa lame dans la poitrine du petit garçon qui, je crois, respi­rait encore ; et puis, après qu’il l’eut déta­ché, sans même s’écarter de nous, d’un geste vigoureux il le jeta par-dessus la balustrade.
— Bon appétit les crabes ! dit-il.
Le rasoir, essuyé soigneusement sur un pli de la culotte, revint à son lit de fourrure. Après quoi le bourreau se remît au travail : il arracha la robe de la mère, déchira, par lambeaux, tout son linge, sans pourtant dénouer aucun de ses liens. Le beau corps fut au jour, un peu plus replet que je ne l’avais imaginé, et il brûlait, cramoisi comme de plaques de rougeole. Gracchus, jouant des leviers, fit basculer la croix qui prit en bas du cadre une position horizonta­le, couchette-surprise où gisait notre captive offerte à tout venant. Caligula, débraguetté en un tour de main, était en l’air avec magnificence ; il se baissa sur la belle écartelée, ouvrit du doigt un con moussu de fauve et baigné d’humeur, introduisit le gland et d’un seul coup de reins (mais de nègre) planta jusqu’aux couilles, dans la chair molle, l’énorme vit qu’il m’avait montré la veille, comme une massue brandie sur la nuque de Michelette.
Regardez bien, dit Montorgueil.

Penché vers la figure de Bérénice, il explo­rait aussi son pouls. Celle-là, les traits égarés complètement, les yeux agrandis, ouvrait une bouche baveuse qu’elle tendait avec une sorte de désespoir vers les lèvres du violent qui la foutait en arquant le corps, comme s’il avait voulu ne la toucher nulle part qu’à l’intérieur du vagin. Ses seins bandaient en pointes de cuirasse, son ventre s’élevait et s’abaissait, un frisson sur sa peau courut, qui finit convulsivement ; il était sans nul doute qu’elle se trouvait la proie d’une jouissance aveugle et furieuse.

Au premier assaut, reprit mon hôte, sans qu’il ait été besoin d’aucune prépara­tion, la putain reluit. Et c’était une femme froide, savez-vous ! Et même dans les bras de son cher mari, je ne croîs pas qu’elle ait jamais beaucoup mouillé ! Mais elles sont toutes pareilles ; traitez-les comme je fais, elles jouiront comme des chiennes. Voyez-moi ces contorsions, ces yeux à la renverse, cette mine extasiée… Foutrechaud ! Je suis sur que vous bandez, vous qui êtes, à ce qu’il parait, un homme à queue.

Il me toucha, se tut peut-être une mi­nute, méditant, puis, avec une hostilité subite :

— Descendez maintenant. Vous en avez assez vu. Allez passer votre grossier émoi sur le grand cul dont je sais que vous êtes friand, ou sur la motte de mes négresses. Nous fini­rons sans vous.
Je fus bien aise de lui obéir et de m’esqui­ver, non pas, comme il me l’avait enjoint, pour aller retrouver des filles qui s’étaient cachées je ne sais où et auxquelles, après ce que j’avais vu, j’eusse été bien incapable de faire la moindre politesse, mais parce que, sans porter aucun jugement sur ce que mon redoutable ami nommait ses expériences, j’étais terrifié par ses caprices, ses brus­ques sautes d’humeur, à ce point de crain­dre le pire si je restais plus longtemps au château.

Je montai dans ma chambre, j’y échangeai le costume à la mode de Gamehuche contre celui qui a généralement cours dans les pays d’Europe. En toute hâte, sacrifiant même une valise que je n’avais pas retrouvée, je courus à ma voiture. Le moteur voulut bien partir à la première sommation. Gracchus, qui tout de suite avait paru dans la cour, m’observait, et dans son regard, cette fois, je crus lire qu’il m’enviait. J’étais anxieux s’il m’ouvrirait la porte, maïs il le fit dès que je l’en eus prié. Alors, malchance, je vis que la mer, qui montait depuis plus de deux heures, avait entièrement recouvert le chemin d’accès ; cependant, j’avais un tel besoin de franchir la pesante enceinte et d’être sorti du cercle que je n’hésitai pas à conduire mon véhicule hors du château, sur la plate-forme extérieure. La porte fut refermée derrière moi. Je ne vis plus personne.
Courbé sur mon volant, toute la nuit, je veillai, attendant que la mer fût haute et puis qu’elle descendît de nouveau. Vint l’aube enfin, et vers six heures les vagues cessèrent de battre le chemin. Le vent était si fort, quand je passai, que j’eus de la peine à maintenir la bonne direction. Je roulai quelque temps au hasard, sur les mauvaises routes de la lande, puis, quand je fus dans
un site abrité de taillis, j’arrêtai la voiture, je relevai toutes les vitres et je m’endormis comme on meurt.
Ajouterai-je que je ne fus pas extrême­ment surpris, trois semaines après que je fus rentré chez moi, de lire le suivant entrefilet dans les colonnes de faits divers du Phare de Vit, auquel, pour bien savoir les heures de marée, je m’étais abonné peu avant mon départ.
« Hier, à la tombée de la nuit, une explo­sion d’une violence extraordinaire a mis en émoi notre contrée. Le ciel, au sud de Saint-Quoi, parut tout illuminé par un terrifiant éclair vertical ; en même temps les maisons tremblaient et un fracas inouï venait jeter la panique dans la population et dans le bétail. On se perd en conjectures sur l’origine du phénomène, expérience atomique ou mala­dresse de contrebandiers, qui semble avoir eu lieu dans la région la plus déserte de la Côte de Vit. »

Quelques jours plus tard, un article plus long venait confirmer ce que j’avais deviné tout de suite : c’est-à-dire que la mystérieuse explosion était partie de Gamehuche. Il n’avait pas été retrouvé la moindre chose du château ni de ses habitants, si rien n’émer­geait plus à marée haute et si la marée basse, à l’endroit que j’avais connu luxueux et fortifié, ne découvrait maintenant qu’un vaste chaos de pierres, bientôt livré aux algues et aux coquillages. Le journaliste faisait un éloge immodéré du châtelain disparu, qu’il nommait, tour à tour, M. de Mountarse, Montent dans la résistance, un riche Anglais, un philanthrope, un démo­crate, un patriote exemplaire et un fidèle ami de la France ; son article se terminait par un pressant appel à souscrire, afin que l’on pût ériger un buste du héros devant la mairie de Saint-Quoi.

Sans doute (et probablement, selon l’heu­re de la catastrophe, au cours d’une nouvelle expérience) Montorgueil avait-il bandé sans plus disposer de rien qui fût capable de le faire décharger ; et alors, fidèle à sa promesse, je pense qu’il avait branlé le petit bouton et tout foutu en l’air. J’envoyai mon obole à la souscription, pour (avec un humour qui certainement ne lui aurait pas déplu) saluer une dernière fois cet homme d’une intolé­rable grandeur. Et pour que mon abominable récit, au moins, s’achève sur quel­ques mots de tendresse, j’avouerai que je ferme souvent les yeux en évoquant le cul d’Edmonde. Il ne tarde pas à venir flotter, comme une double montgolfière blanche et rosé, dans le ciel obscur créé par mes paupières ; quand je vois qu’il m’adresse de petits pets amicaux d’entre ses rotondités palpitantes, je souris, à l’idée de la chère et douce fille dont il était le meilleur orne­ment.

Mais ce rosé ni ce blanc ne me feront jamais oublier que Montorgueil m’avait dit :
Éros est un dieu noir.

FIN

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by Nuage

L’anglais décrit dans le château fermé. – A.P. de Mandiargue – Chapitre XI

11/07/2012 in Art, L'anglais décrit..., Littérature

Chapitre XI : On crâne moins !

Ils s’emparent du général, le giflent, lui paument l’échiné, manient son corps de leurs mains moites, tâtent le gras et le maigre, sans pourtant déshabiller.
Au tour du pilote lieutenant. J’attire contre moi sa fiancée, que je prends par l’aisselle, et elle relève le coude, docilement, pour me livrer sa gorge qui est toute libre et nue sous la toile.

«  Déshabillez ce porc, dis-je aux nègres. »

Sans duvet, ou presque, comme souvent chez les hommes du Nord quand ils sont du type solaire, c’est un corps de belle brute athlétique, et je le considère avec haine et plaisir, attachant un œil critique au bidet qui pend sur de grosses couilles couenneuses.

« II ne bande pas, dis-je à Luna. Mets-le en l’air. »

Elle rit, la jolie garce, en feignant d’être confuse, et puis va caresser l’équipage du lieutenant qui la regarde avec une fureur contenue. Gonflé à demi le principal orga­ne, elle achève le travail à coups de langue, en experte, tandis que je profite de sa postu­re pour la trousser jusqu’aux reins et pour, après avoir fait glisser la petite culotte, manier triomphalement devant les yeux de son fiancé les deux beaux globes de son cul, lisser du doigt la raie médiane.

« Bien ! Dis-je (un peu narquois, quand elle se relève pour me donner chattement son visage, ses paupières closes, sa bouche ouverte, sa langue de putain) ; mais il y a certaine insolence, dans ce prépuce épais, que je veux punir. Hébreux, laissez reposer le général et prenez des ciseaux ; vous allez circoncire le pilote. »

On captive les poignets de la victime par le simple moyen d’une corde, que l’on fixe, tendue pour la commodité de l’opération, à un anneau supérieur. On circoncit, ce qui produit un bout de peau comme les pâtes farcies de Bologne, un peu de sang, quelque plainte et quelque tremblement du sujet. Ma curiosité bien en éveil, car je n’avais jamais vu circoncire, je fus heureux de constater pareille   disposition   non   seulement   chez Viola et Candida mais aussi chez la fiancée du patient ; et à partir de là je sus que je ne serai pas plus sévère à celle-ci qu’aux deux autres. Mais la circoncision, spectacle pour jeunes  filles, me  déçut ; je  l’avoue  fran­chement.
Riant beaucoup, Simon Vert montre à la victime le prépuce qu’ils viennent de lui reti­rer ; il le porte à sa bouche, feint de le trou­ver savoureux.

« Finissons-en, dis-je, avec l’aviateur. Le petit Rotschiss va l’enculer ; après quoi le dentiste lui mangera les couilles (et s’il n’avale pour de bon, c’est un homme mort). »
On donne un peu de corde pour mettre le cul du lieutenant à portée du Juif sans que ce dernier soit obligé de monter sur des coussins, car  il  est  tristement  basset  par rapport à l’autre. Gracchus, sur mon ordre et malgré quelques pleurnicheries, lui enlève sa robe de moine : il faut bien se rendre à cette évidence que les miches de mon grand salaud d’aryen sont pour lui sans attrait, ou l’intimident,  si son courtaud   pendille comme  la  langue  d’un  chien qui  a  trop couru. J’essaie  de le  faire arquer de peur, Viola et Candida,  mais sans succès, le manualisent, et l’on décide en ultime expé­dient de recourir à une bonne recette du nègre Gracchus qui, après lui avoir badi­geonné le gland de moutarde et lui avoir introduit dans le trou culier un fort poivron rouge, le fustige pendant cinq minutes avec des  verges  trempées  dans  du  vinaigre.   Il bande (grêle assez comme un commun stylographe) et, craignant sans doute, s’il attend, de retomber (quoique, selon Gracchus, l’ef­fet du poivron soit durable), il encule tout de suite et sans la moindre difficulté, tant les culs d’aviateurs sont formés au passe-quille.

Nous rions de voir l’arrogant pilote (à son nez, sa fiancée me cajole de langues dans l’oreille, tandis qu’ostensiblement je la branle) chevauché par Rotscbiss qui, grimpé sur son corps comme une petite araignée sur une longue mouche d’eau, se balance. On hisse ; le Juif, après une courte partie d’es­carpolette, éjacule ; on baisse pour qu’il décule et que Simon Vert puisse montrer ses bonnes dents.
Celui-ci, je l’ai tellement effrayé en lui parlant de mort qu’il faudrait, pour le faire bander, bien plus que de la moutarde et du piment ; mais le rôle que je lui ai confié ne passe pas ses moyens, puisqu’il le peut jouer à vit mollet. Il se jette au bas-ventre de Conradin  qui,  cette fois,  pousse des  cris comme vingt perroquets ; il mord furieuse­ment dans la bourse en prenant appui de ses mains sur les cuisses, et par torsions, arra­chements, il emporte une couille et puis l’autre. Les manger est plus difficile (c’est viande  dure,   savez-vous,   que  les  couilles toutes crues d’un adulte) ; pourtant il en vient à bout très vite, presque sans mâcher, en se les enfonçant du doigt dans la gorge, et quand il a fini son visage est bleu comme celui  d’un pendu,  Bravo,  le dentiste !

La victime saigne comme un cochon après le couteau (l’ennuyeux, dans de tels passe-temps, est que leur conclusion salisse généralement les lieux) ; je fais un signe aux nègres, qui l’achèvent en l’étranglant, puis nous en débarrassent.

«  Foutre ! me dit gentiment sa fiancée, j’aurais bien tâté d’un morceau de couille. Mais voyons comment vous allez accommo­der mon oncle. »

Le général Von Novar avait roidement contemplé nos plaisirs, réussissant à garder, jusqu’au bout, une attitude militaire ; et il saluait du bras, à l’hitlérienne, les débris de son collègue. A mon appel il se présente, bat d’un pied contre l’autre (mais les semelles cordées font un bruit mou). »

J’ordonne qu’on le déchausse et qu’on le déshabille du bas, ce dont s’acquittent les négresses, qui fourragent dans le poil gris, minaudent. Arrêtée au creux des reins, la vareuse ne fera pas plus obstacle à nos entre­prises que la courte veste, qu’elle évoque, des putains en maison bien. On la lui laisse­ra donc ; mais elles la déboutonnent com­plètement et elles arrachent, par lambeaux, la chemise.

« Tu n’en auras plus besoin, lui dis-je (car son regard tristement s’attardait à ces loques). Mets-toi à quatre pattes. »

II obéit. Je le vexe d’un coup de talon sur les doigts, d’une torgniole à la nuque et d’une paire de gifles sèches. Sa nièce, contre moi serrée, deux fois le nasarde, et elle se retrousse pour que devant lui je la branle et la lèche. Pendant cela, les Juifs s’acharnent sur le cadavre du lieutenant, qu’ils ont traîné au fond de la pièce comme pour nous réunir mieux en famille, le général, sa nièce, les nègres et moi. La putain se dégage, va manier les pendeloques sous le ventre de la bête à galons.

« Les coups le font reluire, dit-elle (en lui crachant au front). Il bandouille un peu. »
Si délicieusement louve que je me sens épris d’une tendresse quasi fraternelle, elle lève les bras, par complaisance aux désirs de Viola qui derrière elle est venue pour lui retirer sa robe et langotter la raie d’entre les fesses. Toute nue, je l’empoigne de nou­veau ; d’une main, mes doigts plongent dans son vagin baveux ; de l’autre, douce­ment, je la socratise. Elle gémit. Alors je commence à bander.

« Mettez-vous nus, dis-je aux nègres. Publicola va enculer le général. »

Point n’est besoin de répéter pareil ordre. La vertu bandative de ces bougres-là, littéralement, crève les yeux. Au premier mot, au moindre signe perçu, leurs grands vits sont dehors, saillants comme des trin­gles en acier noir de guerre ou comme les pièces de chasse de vaisseaux armés en course. Celui de Publicola, mû par des reins sans pardon, s’est enfoncé jusqu’au poil des couilles dans la lunette du cyclope, et le nègre se courbe comme une lame de faux au-dessus du général allemand pour lui mordre la nuque. Pendant l’opération, j’ai poursuivi mon travail digital sur les parties intéressantes de la jeune princesse, et j’en recueille un double fruit ; à savoir, de son côté, l’émission de divers liquides, du mien, une vigoureuse érection de mon dragonneau.

«  Enfin, me dis-je, nous aurons foutaison. »

Je  me  délivre de ma robe d’évêque,  qui tombe  sur le plancher,  devant le nez du général ; j’assène un fort coup de poing sur ce nez, afin de mieux assurer la persistance de mon-érection, et sur cette robe je précipi­te ma nouvelle amie qui s’y laisse aller de bon gré, sans feindre même un peu d’em­barras, tant elle est fascinée par les propor­tions de mon vit et surtout par son grand pavois de bataille :  cette crête orange et mauve dont vous savez que je suis glorieux. « D’un bon coup, je pénètre par devant ma princesse jusqu’à battre  du  gland tel museau que l’on nomme, en italien, de la tan­che. Ce n’est pas, évidemment, con dépucelé ;  mais mon bélier est trop avantageux pour ne pas s’y sentir à l’étroit, et la coquine (musclée comme il faut, savez-vous) m’oc­troie des pincements fort gracieux en serrant et en desserrant son casse-noisette selon le rythme que j’impose. Bref, je la fous en con, sans décharger, pendant six à huit minutes, et puis je déconne, je la retourne et je l’ex­ploite en cul pendant à peu près le même temps. Je décule, sans avoir déchargé, au même moment que Publicola qui a juté à flots (son foutre étant beaucoup moins ficelé que le mien) dans les boyaux de Novar.
Après un coup de poing sur le museau encore (et deux gifles de Luna), j’oblige le général à sucer mon vit tout merdeux du cul de sa nièce, ce qu’il fait avec application, docilité, mesure, et sans penser, je crois, à me mordre. Bien. J’encule à mon tour le général ; je lui besogne assez rudement le boyau pendant au moins huit minutes, sans décharger. En même temps, pour occuper mes deux mains, je branle Viola et Candida, tandis que Luneborge fait aller derrière moi son corps comme si elle me sodomisait, son con tout contre mon anus, et qu’elle tord grièvement les oreilles de son oncle en passant les bras sur mes épaules. Déculant, toujours sans avoir déchargé, je présente une seconde fois mon vit merdeux (de sa propre merde) au général, pour qu’il me le nettoie dans sa bouche pendant qu’il s’exécute (et cette fellation m’est douce comme une entrée de gibiers entre le poisson et le rôti), je le fais enculer par le nègre Gracchus ; celui-ci n’est pas lent à lui remplir les entrailles du produit de ses couilles, mais il ne débande pas et continue à limer.


Luna est si pâle (les yeux tellement cernés dans le visage exsangue) que c’est à craindre le pire ou à espérer le meilleur. Elle se frotte à moi comme une hystérique, les jambes écartées dans une pose ignoble, le sexe béant (il en sort des effluves de safran et de champignon au vinaigre), le clitoris bandé si dur que je sens courir sur mes reins comme un doigt d’enfant ; cherchant à crever les yeux de son oncle, elle l’a cruelle­ment griffé au front et aux paupières. Quant à moi, je suis de plus en plus excité ; les insi­gnes et les décorations sur la vareuse du général, courbé, pour me sucer la pine, en posture d’oraison, chatouillent agréable­ment la face interne de mes cuisses, et il me semble qu’un épais nuage rouge est monté du sol autour de moi, de la princesse, du nègre et de l’Allemand pour nous dérober tous quatre à la vue des simples mortels et nous donner le support convenable à une orgie ou à un combat de dieux ou de démons. Le nègre, une dernière fois, décharge dans le cul de Novar ; il lui serre le cou de ses longues mains d’étrangleur, avec un rire que l’écho répercute comme les éclats tonitruants de ta jouissance olympien­ne. Alors je retire mon vit des lèvres du patient, je prends par le goulot une bouteille de cognac et, après avoir lampe une bonne rasade, je donne sur la gueule du général un coup si fort qu’il lui fait sauter trois dents. Luna, ravissante mégère, m’arrache des mains la bouteille, boit d’un trait la moitié du contenu, casse le tesson contre un anneau et défigure son oncle en lui poussant dans le visage deux coups terribles de la partie tran­chante ; puis elle tombe sur moi et avale goulûment mon vit en bavant du cognac. Je l’empoigne aussi, je roule avec elle, tête-bêche, sur le plancher ; je mords son poil suintant de foutre féminin et d’alcool, je plonge ma bouche et mon nez dans son vagin cependant qu’elle me pompe le vit avec un emportement qui est du plus furieux paroxysme. Enfin, je décharge : ce sont des cataractes de  foutre que je lâche dans la gorge de ma divine putain, qui avale tout, comme un ange. Et puis, je faiblis ; ma tête tourne ; c’est à peine, avant de m’évanouir, si j’ai le temps de crier cet ordre ultime aux nègres:
« Crevez le général. »
Revenu à moi, je vis que j’avais été bien obéi. Les cadavres des deux Allemands gisaient sous la colonnade, et la garce que j’avais désirée, nue encore, pelotonnée dans mes bras, me regardait avec une admiration tendre, comme si elle m’aimait pour de vrai.

Un long bassin d’argent – pièce assuré­ment de prix puisqu’elle avait été moulée, tout exprès pour M. de Montorgueil sur le corps d’une belle fille dont il avait voulu garder ce concret souvenir – circulait sur un petit chariot que menait Edmonde ; dedans, il y avait un arlequin de tartelettes au gingembre, de rouleaux farcis d’ail, d’oi­gnon, de miel et de graines de pavot, de choux en pâte peu cuite enrobant des noix en sucre pistache, de champignons confits, de melons doux-amers, de rosés rouges frites au gras de mouton. Nous nous servî­mes, nous mangeâmes sans dire mot, car c’était un pesant dessert après le récit que nous venions d’entendre, mais notre hôte, qui avait bu plus que de raison pendant qu’il racontait, et qui se trouvait passable­ment ivre, fut peut-être blessé par notre silence. Tout à coup, le visage envahi d’un flot de sang (les peaux très blanches ont de ces changements à vue), il nous mit en demeure de craindre sa colère, si nous savions précisément à quel endroit nous étions attablés.

Le château de Gamehuche, braillait-il, est un énorme vit courtaud, toujours bandé, qui peut décharger d’un instant à l’autre. Ses couilles sont les caves creusées vastement dans le rocher qui le porte, et elles débor­dent d’explosifs volés aux Allemands, puis aux Anglais et aux Américains. Des camions entiers y sont descendus, dont les carcasses achèvent de rouiller dans la mer. Sous nos pieds, il y a plus de matière fulminante que dans les soutes réunies de trois cuirassés, il y a des centaines de tonnes de tout ce que les hommes ont inventé de plus brisant, de plus destructif, de plus inflammable, de plus propre à volatiliser, et leur génie sinistre a fait merveille en ces domaines. Savez-vous bien qu’il me suffirait d’allumer la mèche de telle bougie que je sais, de tirer tel cordon, de branler tel petit bouton électrique, pour foutre tout en l’air dans une éjaculation grandiose qui amidonnerait le ciel comme la chemise d’un bagnard ? Et je le ferai, je le jure, à la première fois qu’après avoir bandé je ne serai pas capable de crac
La décharge de Gamehuche sera la revanche de mon fiasco !

Les nègres, mâles et femelles, avaient fui au début de la crise, plus effrayés par le ton de leur maître et par sa gesticulation brutale que par le sens même (qui avait dû leur échapper) de son discours. Luna, penchée sur lui, cherchait à le calmer, partant bas (ou soufflant chaud) à son oreille. Edmonde prit ma main en me disant que mieux valait les laisser seuls. Pourtant, avant que nous ne fussions sortis, il me cria encore :

« Ce soir, à huit heures et demie, n’ou­bliez pas de vous trouver sur la terrasse du rempart. Vous y verrez une jolie expé­rience. »

J’avais facilement obtenu d’Edmonde qu’elle vînt se réfugier dans ma chambre, niais nous étions tellement engourdis, après le pesant repas (nous avions mangé aussi d’un porcelet rôti vivant, comme l’oison vif et cuit selon la fameuse recette du Napoli­tain Délia Porta), que nous nous endormî­mes ainsi que de petits enfants. Une heure ou deux plus tard, quand je me réveillai, j’eus la bonne fortune d’ouvrir les yeux sur le grand et beau cul de cette fille, qui l’avait posé, pour m’en faire hommage, à moins d’un centimètre de mon nez. Elle retira du coffre certain élixir, dont elle me dit que c’était quintessence de céleri, et après en avoir bu deux verres je bandai sans rémission. Alors, jusqu’au soir, je fis prendre à ma partenaire toutes les positions qui me venaient à l’esprit, je l’exploitai de toutes les façons, je la besognai sur tous les points et en toutes les bondes que m’offrait son corps avec   une  inépuisable  générosité ;   elle  se prêtait à mes caprices, bénins ou vexatoires, comme une chienne bien habituée, mais elle montrait une timidité extrême quant à ce qui concernait Montorgueil et, quoique je me fusse prodigué de la prière à la menace et à l’imprécation, je n’arrivai pas à lui faire dire la moindre chose de son maître ni raconter le moindre détail de son entrée au château, son  mutisme  têtu,  à  ce  dernier endroit, confirmait assez ma pensée qu’elle avait dû y être menée contre son vouloir et après enlè­vement.
Vers les huit heures, nous fîmes quelques ablutions en commun,  suivant le plaisant usage de Gamehuche.  D’eau  très froide, elles me remirent en état la tête et les nerfs, qui m’avaient paru un peu dérangés, mais elles n’eurent aucun effet sur mon priapisme imperturbable : je continuai à bander tout comme auparavant, malgré tous les excès auxquels je m’étais livré sur le corps volup­tueux d’Edmonde, et celle-ci, avouant que j’avais bu peut-être trop de quintessence, me conseilla de m’habiller en bouclant serrée ma ceinture sur mon vit en position vertica­le, puisqu’il n’y avait pas moyen de le plier à quelqu’autre. Je suivis ce conseil ; la culotte de soie noire, qu’avait apportée mon amie, moulait une sorte de flèche dressée à hau­teur de mon nombril, cependant une longue veste (ou court mantelet) en velours de couleur pareille, avec des broderies blêmes, tombait assez bas, là-dessus, pour que la décence (si cette vertu avait trouvé logement en quelque coin du château singulier) ne souffrît nullement. Quand elle eut fini de m’ajuster, Edmonde m’embrassa, puis elle me dit qu’heureusement elle n’était pas conviée à l’expérience de ce jour et que j’al­lais monter sans elle au rempart. Là-haut, je ne trouvai pas non plus les négresses.

Seul de la tribu familière, le nègre Gracchus se promenait d’un bord à l’autre de la terrasse, et il affectait cet air dogue que ma personne, sans doute, lui faisait prendre hors de la présence du maître de maison. Avec lui, mais immobile, il y avait une fem­me qui m’était inconnue. Celle-là — dont les traits, quoique chagrins, annonçaient plutôt moins que plus de vingt ans — assise sur la balustrade peu élevée, tournait le dos à la mer ; elle me jeta un regard craintif, puis baissa de nouveau les yeux sur l’enfant de sept à huit mois qu’elle tenait étroitement embrassé. D’où sortaient-ils, tous les deux ? Je pensai que ce ne pouvait être que de l’une des tours à la fenêtre grillée, près de la porte cochère.

La terrasse, que j’avais vue, la première fois, dépouillée, se trouvait maintenant garnie d’accessoires comme un théâtre d’illusionniste.

Les objets n’avaient pas d’ombre  perceptible, à cause de l’heure avancée; cependant m’apparaissaient les moindres détails des êtres et des choses avec une merveilleuse acuité, dans cette lumière extraordinairement  diffuse  qui   baigne  le bord de mer, par beau temps, à la fin de la journée, quand les jours sont si longs que l’on dirait qu’ils peinent à finir  — et je distinguais dans chaque  couleur les plus menus écarts de nuances. Montorgueil n’aurait pu mieux choisir le lieu et le moment de son expérience. Au centre du pavement (indiqué par un losange de dalles plus sombres), un meuble, en forme de croix de Saint-André dans un cadre vertical, avait excité ma curio­sité par le bizarre appareil de courroies, de poulies et de leviers dont il était pourvu, mais j’échouai à m’expliquer d’une façon raisonnable son fonctionnement, ou son utilité. Un cadre plus petit, muni de cour­roies plus fragiles et dressé face à celui-là, ressemblait à un trapèze de salon. Il y avait encore deux grands fauteuils d’ébène et de cuir noir, un peu chauves-souris dans cette heure d’avant le crépuscule, et puis, sur un coussin d’astrakan mais teint en rosé framboise, un rasoir ancien qui devait être précieux, car il exhibait une lame roussie de damasquinures au bout d’un manche en or travaillé fiévreusement. Cet or, qui reposait sur du poil rosé, évoquant peut-être le contraste du dentier et de la gencive enflam­mée, fit sur moi une impression nettement désagréable.

(à suivre)

L’anglais décrit dans le château fermé. – A.P. de Mandiargue – Chapitre X

30/06/2012 in Art, L'anglais décrit..., Littérature

Chapitre X : Pendant la guerre

« Pendant la guerre, souvent, ils me livraient bien emballés et ficelés des officiers et des soldats qui étaient tombés dans leurs embuscades. Les prisonniers figuraient à mes spectacles, faisaient le sujet de mes expériences ; le maquis y gagnait d’être débarrassé d’eux sans se compromettre et de recevoir de moi quelque supplément de finance. Ainsi, d’un gros colonel wurtem-bergeois, je me rappelle que nous nous donnâmes la comédie de lui faire retirer son uniforme, son linge, et puis, tout nu, de tatouer sur la peau de son corps ledit unifor­me sans en rien oublier, ni les jambières, ni les décorations, ni les galons, ni l’étui du pistolet, ni le moindre bouton réglementai­re.
Après quoi, quand le bonhomme eût sucé (sans les mordre) les vits des nègres, et qu’il eût avalé tout le foutre, il fut expédié de la main de Caligula. J’ai grande sympa­thie pour les Israéliens, dont j’ai appris qu’ils faisaient subir la première partie de ce traitement à des officiers supérieurs et géné­raux de l’armée britannique, avant de les renvoyer, décorés de la sorte, à leur quartier. Ce serait une mode à répandre, que de tatouer ainsi tous les militaires de profes­sion. Mon seul regret est de n’avoir jamais pu me procurer, malgré la promesse d’une grosse prime, un exemplaire de ces glorieux généraux russes qui, plus que tous les autres, sont chargés d’or et de quincaillerie ; sur tel cuir de cosaque, à graver ces grandes épaulettes, ces brochettes de médailles, pensez quel joli travail on aurait pu faire ! »

Un mugissement assez lugubre, derrière nous, mit fin au quasi-monologue de M. de Montorgueil C’était  signal, me dit-on, qu’é­tait servi le déjeuner — le nègre Gracchus qui beuglait et râlait dans un grand coquil­lage tourné en spirale. Nous descendîmes, quand le buccinateur eut définitivement perdu le souffle.
— N’est-ce pas chez vous une petite manie, demandai-je à mon hôte, de donner une telle importance à la race de tous ceux dont vous contez l’histoire ?
Votre observation est bonne, dit-il. Je ne suis jamais arrivé à perdre complètement cette vieille habitude anglaise, et mauvaise, de parler d’un beau caniche, d’un gros percheron, d’un persan crème, plutôt que d’un chien, d’un cheval ou d’un chat. Tout ce qui nous vient de ces foutues patries nous rend sots.

Et il me poussa vers la salle à manger.

Là, dans le décor de la veille (mais à cires éteintes ; les tentures, roulées comme des voiles au-dessus d’un grand vitrage, du côté de la cour, laissant entrer dans la pièce un jour plutôt maussade), je trouvai la compa­gnie à laquelle je m’attendais ; c’est-à-dire qu’il ne manquait que Michelette, qui avait fait son temps et dont les crabes devaient avoir déjà nettoyé les petits os. Nous prîmes place dans l’ordre de la soirée précédente, à cette unique différence, encore, que Montcul et Luna de Warmdreck ne partageaient avec personne leur canapé.
Edmonde, quoique surgie de la cuisine où, nous dit-elle, elle avait passé des heures à l’intention de notre gueule, était souriante et fraîche ; sa gorge et son cul bondissaient sous la chemise mauve, plus gros et plus beaux par l’effet d’une guêpière en cuir doré qui étran­glait la taille. Les deux nègres firent leurs allées et venues avec de grands plateaux d’oursins, ce dont je me réjouis, d’abord, car je n’aime rien tant que les délicieuses grappes orange ou safran qui sont la ponte de ces vivants fruits de mer, mais je fus désappointé, car d’oursins ce n’étaient que des carapaces, et chacune contenait un testi­cule (d’agneau) braisé, sur un lit de purée d’échalotes. Blâmant ce mets, qui était, à mon goût, détestable, je lui trouvai pourtant de l’esprit, et j’en louai l’invention, car la coquille de l’oursin, couleur chair à l’inté­rieur et velue d’un poil piquant à l’extérieur, est morphologiquement un con avec tant d’évidence qu’elle pourrait passer pour une plaisanterie de la nature. Il y avait donc un certain humour à loger une couille en tel endroit, plus banalement adapté à recevoir une tête de vit.

Cependant que les nègres, avec des mines de porcs, dévoraient les testicules et gamahuchaient l’intérieur des carapaces, Montorgueil à son habitude, vitupérait l’Angleterre, et il nous contait des histoires d’un sien parent, Mountarse du siècle passé, avec qui la reine Victoria plantait ramures à son époux ainsi qu’à son amant principal : Lord Alfred Tennyson.
A la première bordée, dit-il, que mon oncle tira sur le royal matelas, il sodomisa Sa Gracieuse Majesté, et d’un si bel élan qu’elle en fut toute ravie, car elle avait fort à se plaindre du Poète Lauréat qui, pour des raisons fondées notamment sur la lecture de la Bible et du dictionnaire médical, ne la voulait emmancher pas plus d’une fois par semaine et jamais ailleurs que dans ce qu’il appelait le « vase de bonne moralité », id est : le vagin.


Mon oncle, au contraire, qui était un homme à queue, la besogna dans tous ses orifices, sans rechigner, après qu’il lui avait bien rempli le con, à lui en remettre plein le cul, plein la bouche et même plein les trous du nez. Il paraît — ce que je vous dis là, je l’ai lu dans les mémoires (encore inédits, malheureusement) de mon oncle Jonathan Mountarse — que la reine avalait goulûment le foutre et qu’elle raclait du plat de la main tout ce qui bavait et dégouttait de partout où on l’avait pinée pour se le jeter, après, dans le gosier, en braillant que c’était meilleur que du sabayon au whisky, et qu’auprès de la jute de Mountarse celle de Tennyson n’était que de l’eau de riz. Mon oncle finit par étriller la royale garce à coups de bretelles ; alors, pour l’en remercier, elle le fit chevalier de la Jarretière. Je n’ai pas réussi à la Cour aussi bien que sir Jonathan. Avouons, car en tout je veux être juste, qu’il bandait assurément plus vite que moi ; et puis les culs des royalties se sont rarement trouvés à portée de mon lastex.

Il s’interrompit pour se servir d’un plat de petites langues (si petites que je ne saurais les attribuer à nulles bêtes qu’à des cochons d’Inde), avant de reprendre, presque sans transition.
— Observez, je vous prie, l’objet par excel­lence usuel de la famille et du foyer en Grande-Bretagne : la théière anglaise. Il faudrait être bien dépourvu de sens critique pour admettre que pareil ustensile sert exclusivement à préparer des infusions. La forme, en vit mesquin, de son bec, son ventre rond que nos morues nationales emplissent d’eau chaude avant de se l’appli­quer sur la motte, vous indiquent, sans possible erreur, sa destination.

La théière anglaise (certaine, que j’ai vue, était gainée d’astrakan comme le bas-ventre d’un zoulou) est un godemiché ; sans doute le res­tera-t-elle jusqu’à la fin du monde, ou jusqu’à ce que mes compatriotes aient appris (chose improbable) à faire reluire un peu leurs tristes femelles. N’est-ce pas, d’ail­leurs, l’idéal de toutes les femmes au Royaume-Uni que l’homme-tronc, infirme à gros vit, théière encore, qui leur serait absolument remis à discrétion ? J’ajouterai, toujours à propos de cette forme singulière­ment allusive, que la théière anglaise ressemble tellement aussi à la tête d’un rhinocéros que j’ai souvent rêvé de posséder un animal de cette espèce, dressé à foutre de la corne ; j’aurais lâché mon bestiau dans le Parc, à l’heure des petits sermons, et je vous assure qu’il y aurait eu du cri, du mouve­ment, de la joie…
Il devenait monotone, dans son chauvinis­me à rebours (c’était comme un caquet de toupie irlandaise) ; alors, pour changer de musique, je lui rappelai qu’il m’avait promis une autre histoire, et précisément l’arrivée de son amie, la jeune princesse, à Gamehuche.

— Qu’en pense ladite jeune princesse ? demanda-t-il.
Et encore, maniant sans indulgence les seins de sa voisine :

— Répondras-tu, bougresse ? C’est de toi qu’il s’agit.
— La princesse et la bougresse sont aux ordres de M. de Montorgueil pour tout ce qu’il lui plaira d’exiger, dit l’Allemande, avec un soupir et un beau mouvement de gorge.
Bon, reprit-il ; je suis un galant hom­me, et sans le consentement de la principale intéressée je n’aurais rien raconté du tout, mais, puisqu’elle le veut, je commence.

« C’est donc entre le printemps et l’été de l’année 1942 que je rencontrai pour la première fois le général baron von Novar, lequel venait d’être promu au commande­ment des forces aériennes pour la région de basse Bretagne. Ayant entendu parler de votre hôte et serviteur comme d’une sorte d’original anglais (l’expression a toujours cours), dégoûté de sa propre patrie mais grand admirateur de la nouvelle Allemagne, le général m’avait voulu connaître, et fort civilement, je dois l’avouer, pour étonnant que cela paraisse), après que les siens m’eu­rent averti de la visite, il s’était fait conduire au château et présenter à moi. Au bruit de l’escorte motocycliste, pétaradant sur la plage en attendant que le gué devînt prati­cable aux machines, je m’étais heureuse­ment avisé (pour éviter tout fâcheux inci­dent) d’enfermer dans l’une des tours grillées deux Juifs que m’avait confiés le maquis et qui provenaient d’un petit village de l’inté­rieur, où ils s’étaient réfugiés assez légère­ment.

« Novar, car j’avais su dire ce qu’il fallait pour plaire à telle brute, bientôt m’aima plus que tous ses compatriotes (qu’il mépri­sait, d’ailleurs, quand leurs grades étaient plus bas que le sien) ; ce fut au point qu’il ne pouvait plus se passer de moi, et trois ou quatre fois par semaine il venait me retrou­ver à Gamehuche. Son habitude était de se faire toujours accompagner par sa nièce, la jeune princesse de Warmdreck, que vous voyez là et que je touche au bon endroit, sous sa robe, en ce moment même. La prin­cesse est maniable. La putain est rieuse. Rira bien qui rira le dernier. Mais je crois que je m’écarte de mon histoire.
Le général — pour revenir à notre mouton galonné — s’était donc pris pour moi d’une affection fanatique et, dans un accès de confiance qu’assurément je ne méritais pas, il me raconta, sous le sceau du secret, comment et pourquoi il avait emmené sa nièce avec lui. Le prétexte allé­gué étant qu’il avait besoin de la jeune fille en tant que secrétaire, la véritable raison de sa démarche avait été de lui faire quitter l’Allemagne pour qu’elle échappât au service du travail obligatoire et à certaines promiscuités indignes d’une personne de son rang, s’il y avait eu des princes régnants, avant Bismarck, dans la famille.

« Au début, c’est avec un petit ennui que j’avais subi des visites auxquelles l’équilibre fragile de ma position ne me permettait évidemment pas de me dérober, mais je fus séduit, bientôt, par le comique involontaire qui fait aigrette aux officiers supérieurs et généraux dans les armées de tous les pays du monde, et je ne me lassai plus des confiden­ces de Novar. Un mouton, d’ailleurs, je le répète, pour le caractère. Et sa nièce com­mençait à me donner bien agréable­ment à penser. Avec eux venait souvent un troisième personnage, que je voyais avec moins de plaisir et qui me regardait sans amitié. Celui-là, dont il se laissait entendre, quoique de façon non pas officielle, qu’il était fiancé à la princesse Luneborge. ser­vait avec le grade de pilote lieutenant dans les formations maritimes de la Luftwaffe ; son insigne était une chose en forme d’aile­ron ou de nageoire. Noble aussi, et de toute première catégorie, mais bien moins humain que bestial, c’était un garçon blanc et roux qui avait près de deux mètres de haut et qui répandait autour de lui une forte odeur de chenil. Peut-être abusait-il du shampooing au pyrèthic. S’il bandait avec ostentation (les culottes militaires et ces courtes vareuses sont coupées exprès pour faire montre de cela), il n’était pas besoin d’être devin, ni père aumônier, pour voir que la putain de nièce mouillait pour lui et que ia grosse bite du premier savait à fond les bons coins de ia seconde. Or (l’ai-je dit ?), j’avais ces coins-là dans la tète et dans le ventre comme on y a la poignante image de Saint-Pierre de Rome, des Invali­des ou d’un bordel encore inédit.

La chaleur augmentant à mesure qu’al­lait la saison, le général envoyait quelquefois une voiture militaire pour me prendre à Gamehuche et me conduire sur une plage déserte, près de Saint-Quoi-de-Vit ; le trio s’y baignait habituellement sous la garde des seuls motocyclistes, postés, rigides, au pied d’une petite dune. Novar, qui s’abritait d’une ombrelle, jasait avec innocence, sans qu’il fût nécessaire de l’écouter plus que le gravier bruissant. Luneborge laissait que le soleil l’eût rougie, puis, toute pivoine et muette, elle se jetait à la mer et poussait très loin au large d’une nage puissante et tran­quille. La suivait à courte distance ce bougre que je détestais : le lieutenant Conradin. J’étais bien sûr que les fiancés s’emman­chaient dans la pleine eau (succulent exploit, d’ailleurs, dont voici la recette éprouvée : la femelle faisant la planche, le mâle se place dessous, et puis, guidant le vit bandé dur à la fente de son choix, brutalement, si l’eau salée lubrifie mal, il enconne, ou encule, d’un bon coup de reins ; alors il n’y a plus qu’à se confier au mouvement des vagues, qui vous bercent l’échiné ainsi que des mains serviles appliquées sous un hamac ; mais n’oubliez pas, c’est prudent, de vous passer au cou, pour ne pas risquer de le perdre, caleçon ou maillot, le linge retiré au début de l’opération). Quand ils revenaient, après une heure ou plus encore, le visage tiré de fatigue et le souffle rompu, j’enviais l’homme. La putain s’abattait sur le sable, défaite comme si elle avait servi une escoua­de de tirailleurs ; paupières baissées tout de suite sur les patientes aiguës-marines que vous voyez là (je ne connais rien qui provoque aux grands excès comme le vide de telles prunelles enchâssées bleu pâle dans une peau bien dorée), elle séchait au soleil ses beaux cheveux, son beau pelage noisette exhibé sans pudeur aux aisselles. Lui, le salaud, d’une main glissée dessous je voyais qu’il lui maniait doucement les fesses, et il rebandait à l’ouvrage, tandis que d’une légère houle de la croupe et du ventre elle montrait qu’elle n’était pas insensible.

Foutrechaud ! je me jurai que la garce avant longtemps servirait d’étui à ma pine.
Mis au courant de mon désir, prévenus qu’il y aurait grassement à gagner le jour où l’on m’apporterait en bon état la triple proie, les hommes du maquis firent leur plan d’attaque. Ce fut le lendemain de la Saint-Jean qu’ils l’exécutèrent, et par une matinée de chaleur dense qui devait inévi­tablement faire courir au bain mon gibier, tandis que j’avais prétexté de sauts à travers le feu, de rondes et des autres fatigues de la veille pour ne pas m’écarter du château.

« Le soleil brûlait à faire péter les cailloux du rivage, et il tapait durement sur le ras des crânes germaniques. Aussi les motocyclistes qui, en bons soldats, dormaient debout à leur poste, furent-ils au sable avant d’avoir pu se mettre en garde, moins grièvement atteints qu’étourdis par des projectiles issus d’armes pneumatiques et silencieuses de mon arsenal particulier. Les trois personna­ges principaux venaient de se rhabiller si, même pour eux, il faisait vraiment trop chaud ce matin-là (et une demi-heure plus tard mes gens de main eussent trouvé la plage vide) ; nulle résistance n’étant pos­sible, ils furent pris, ficelés, bâillonnés, encagoulés, jetés sur une charrette entre deux lits de varech comme des homards que l’on veut tenir frais. Alors on revint aux blessés (légèrement) et, puisque la mer commençait à monter, on les enfouit très proprement jusqu’aux épaules, tout nus, mais les bras liés au torse, dans le sable humide, à cinquante mètres à peu près des premières vagues ; cela de façon qu’ils eussent bien le temps de voir venir le flot avant d’être saisis dans ses remous. La noyade ainsi, par jappements, écume et dérobades, je suis assez d’avis que le système nerveux doit s’y déchirer, et s’effriter la raison, comme dans la mort sous le fouet. Peut-être même y avait-il trop de munificen­ce à traiter aussi luxueusement un si piteux bétail que des plantons ordinaires de la Luftwaffe.

« Quant aux prisonniers, lorsqu’ils furent déchaperonnés (permettez-moi, s’il vous plaît, ce terme de fauconnerie!, ils se trou­vaient dans la salle où nous sommes, et c’était vers la fin de l’après-midi ; rideaux tirés, toutes cires allumées, quoique au dehors il fît grand jour et que la chaleur fût encore excessive. Les maquisards étaient disparus, éparpillés dans la lande et dans le bocage sitôt après avoir empoché leurs napoléons.
Vous voyez autour de vous, à cette diffé­rence qu’il est maintenant dans son éclairage diurne, le théâtre du jeu ; passons briève­ment en revue, acteurs, victimes, figurants, les personnes qui vont y prendre part :
Nous avons donc, du côté des étrangers, le général von Novar, le lieutenant Conradin et la princesse de Warmdreck. Les deux premiers sont en petit uniforme de la Waffe, mais chaussés d’espadrilles non pas régle­mentaires. Luneborge, pieds nus, est vêtue seulement d’une courte robe de plage en toile orange, qui fait belle montre de ses épaules brunes, de ses aisselles, de ses jambes et d’un intéressant début de gorge. « De l’autre côté, celui des habitants du château, voici d’abord le maître de maison, votre serviteur ; lequel porte ce jour-là une robe de chambre en cachemire noir, ceintu­rée de soie violette, qui lui donne un peu l’air de « Sa Grandeur Mgr de Garnehuche ». Entièrement nu sous cette robe de chambre, il est chaussé de pantoufles en daim noir, à talons violets. Se trouvent à sa droite et à sa gauche deux filles de race noire, nos jeunes amies Viola et Candida, toutes nues dans de longues robes fendues par devant et dégrafées qui, mauve l’une, la seconde rosé vif, ont été bâties de peaux de ces chèvres du Tibet qui ont le poil doux comme du cheveu de femme ; les jambes de ces coquines paraissent encore plus élancées du fait d’escarpins rouges à talons hauts. Les deux nègres Gracchus et Publicola, torse nu, pieds nus, n’ont rien que des culottes collan­tes — l’un satin blanc, cramoisi l’autre — qui leur tombent plus bas que le genou selon la mode des anciens pêcheurs napolitains ; et puis, pour compléter le costume ou pour occuper leurs mains, ils tiennent chacun sur un plat d’argent un grand bouquet d’asper­ges, dont Mgr de Gamehuche, comme avec distraction, sucera une branche, parfois.
« Seuls personnages que vous ne connais­siez pas {et pour cause !), deux Juifs dont il fut déjà question, John-Henry Rotschîss, trafiquant naguère en ferrailles, et le dentiste Simon Vert, achèvent la compagnie. Ces deux-là (je les y ai forcés sous prétexte de les protéger par tel déguisement) sont en habits de capucins, de la couleur brenneuse que vous savez ; leur teint livide, le brillant de leur peau suintant gras vont dans le froc aussi naturellement que des feuilles d’oseille sous le ventre d’une alose.

« Et maintenant, sans autre lever de rideau, le jeu commence. Les prisonniers se regardent, regardent autour d’eux, me regardent, avec quelque ébahissement et des cillements d’yeux qui font penser à des nocturnes saisis dans un faisceau de lumière. Puis les hommes ont dû se rappeler qu’ils sont sont de guerre, officiers, nobles et Prussiens, car ils prennent cet air de tronc que l’on sait et qui est une sorte d’érection morose. La fille, au contraire, toute molle, ondule comme une petite loutre apeurée.
« Selon les prérogatives de son grade, le général a droit aux premiers mots. C’est pour me dire que je serai fusillé, et qu’il va me montrer comment meurent les héros de son pays.

« — Double erreur, mon cher général, je ne serai pas fusillé car nul des tiens ne saura jamais que ce fut ici, dans un trou à crabes, le terme de ta trop longue carrière ; et il ne s’agit pas de mourir en héros de ton pays ou d’un autre, mais de me réjouir par le specta­cle de ton abaissement, de ton déshonneur et des vexations que l’on va t’infliger. Hébreux, je vous livre le général, traitez-le comme il vous plaira.
« Je le mouche d’une double torsion nasa­le, je lui donne du pied aux couilles, je le pousse vers les Juifs. Ceux-là, voyant l’uni­forme de leurs bourreaux habituels, d’abord avaient fui derrière la colonnade, puis, reve­nus à petit trot, ils s’étaient mis à ricaner si férocement et si horriblement que, n’eût été leur utilité en tant qu’instruments vexatoires, je crois que je les aurais fait dépêcher avant même de m’attaquer aux Allemands.

(à suivre)