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L’anglais décrit dans le château fermé. – A.P. de Mandiargue – Chapitre XI

11/07/2012 in Art, L'anglais décrit..., Littérature

Chapitre XI : On crâne moins !

Ils s’emparent du général, le giflent, lui paument l’échiné, manient son corps de leurs mains moites, tâtent le gras et le maigre, sans pourtant déshabiller.
Au tour du pilote lieutenant. J’attire contre moi sa fiancée, que je prends par l’aisselle, et elle relève le coude, docilement, pour me livrer sa gorge qui est toute libre et nue sous la toile.

«  Déshabillez ce porc, dis-je aux nègres. »

Sans duvet, ou presque, comme souvent chez les hommes du Nord quand ils sont du type solaire, c’est un corps de belle brute athlétique, et je le considère avec haine et plaisir, attachant un œil critique au bidet qui pend sur de grosses couilles couenneuses.

« II ne bande pas, dis-je à Luna. Mets-le en l’air. »

Elle rit, la jolie garce, en feignant d’être confuse, et puis va caresser l’équipage du lieutenant qui la regarde avec une fureur contenue. Gonflé à demi le principal orga­ne, elle achève le travail à coups de langue, en experte, tandis que je profite de sa postu­re pour la trousser jusqu’aux reins et pour, après avoir fait glisser la petite culotte, manier triomphalement devant les yeux de son fiancé les deux beaux globes de son cul, lisser du doigt la raie médiane.

« Bien ! Dis-je (un peu narquois, quand elle se relève pour me donner chattement son visage, ses paupières closes, sa bouche ouverte, sa langue de putain) ; mais il y a certaine insolence, dans ce prépuce épais, que je veux punir. Hébreux, laissez reposer le général et prenez des ciseaux ; vous allez circoncire le pilote. »

On captive les poignets de la victime par le simple moyen d’une corde, que l’on fixe, tendue pour la commodité de l’opération, à un anneau supérieur. On circoncit, ce qui produit un bout de peau comme les pâtes farcies de Bologne, un peu de sang, quelque plainte et quelque tremblement du sujet. Ma curiosité bien en éveil, car je n’avais jamais vu circoncire, je fus heureux de constater pareille   disposition   non   seulement   chez Viola et Candida mais aussi chez la fiancée du patient ; et à partir de là je sus que je ne serai pas plus sévère à celle-ci qu’aux deux autres. Mais la circoncision, spectacle pour jeunes  filles, me  déçut ; je  l’avoue  fran­chement.
Riant beaucoup, Simon Vert montre à la victime le prépuce qu’ils viennent de lui reti­rer ; il le porte à sa bouche, feint de le trou­ver savoureux.

« Finissons-en, dis-je, avec l’aviateur. Le petit Rotschiss va l’enculer ; après quoi le dentiste lui mangera les couilles (et s’il n’avale pour de bon, c’est un homme mort). »
On donne un peu de corde pour mettre le cul du lieutenant à portée du Juif sans que ce dernier soit obligé de monter sur des coussins, car  il  est  tristement  basset  par rapport à l’autre. Gracchus, sur mon ordre et malgré quelques pleurnicheries, lui enlève sa robe de moine : il faut bien se rendre à cette évidence que les miches de mon grand salaud d’aryen sont pour lui sans attrait, ou l’intimident,  si son courtaud   pendille comme  la  langue  d’un  chien qui  a  trop couru. J’essaie  de le  faire arquer de peur, Viola et Candida,  mais sans succès, le manualisent, et l’on décide en ultime expé­dient de recourir à une bonne recette du nègre Gracchus qui, après lui avoir badi­geonné le gland de moutarde et lui avoir introduit dans le trou culier un fort poivron rouge, le fustige pendant cinq minutes avec des  verges  trempées  dans  du  vinaigre.   Il bande (grêle assez comme un commun stylographe) et, craignant sans doute, s’il attend, de retomber (quoique, selon Gracchus, l’ef­fet du poivron soit durable), il encule tout de suite et sans la moindre difficulté, tant les culs d’aviateurs sont formés au passe-quille.

Nous rions de voir l’arrogant pilote (à son nez, sa fiancée me cajole de langues dans l’oreille, tandis qu’ostensiblement je la branle) chevauché par Rotscbiss qui, grimpé sur son corps comme une petite araignée sur une longue mouche d’eau, se balance. On hisse ; le Juif, après une courte partie d’es­carpolette, éjacule ; on baisse pour qu’il décule et que Simon Vert puisse montrer ses bonnes dents.
Celui-ci, je l’ai tellement effrayé en lui parlant de mort qu’il faudrait, pour le faire bander, bien plus que de la moutarde et du piment ; mais le rôle que je lui ai confié ne passe pas ses moyens, puisqu’il le peut jouer à vit mollet. Il se jette au bas-ventre de Conradin  qui,  cette fois,  pousse des  cris comme vingt perroquets ; il mord furieuse­ment dans la bourse en prenant appui de ses mains sur les cuisses, et par torsions, arra­chements, il emporte une couille et puis l’autre. Les manger est plus difficile (c’est viande  dure,   savez-vous,   que  les  couilles toutes crues d’un adulte) ; pourtant il en vient à bout très vite, presque sans mâcher, en se les enfonçant du doigt dans la gorge, et quand il a fini son visage est bleu comme celui  d’un pendu,  Bravo,  le dentiste !

La victime saigne comme un cochon après le couteau (l’ennuyeux, dans de tels passe-temps, est que leur conclusion salisse généralement les lieux) ; je fais un signe aux nègres, qui l’achèvent en l’étranglant, puis nous en débarrassent.

«  Foutre ! me dit gentiment sa fiancée, j’aurais bien tâté d’un morceau de couille. Mais voyons comment vous allez accommo­der mon oncle. »

Le général Von Novar avait roidement contemplé nos plaisirs, réussissant à garder, jusqu’au bout, une attitude militaire ; et il saluait du bras, à l’hitlérienne, les débris de son collègue. A mon appel il se présente, bat d’un pied contre l’autre (mais les semelles cordées font un bruit mou). »

J’ordonne qu’on le déchausse et qu’on le déshabille du bas, ce dont s’acquittent les négresses, qui fourragent dans le poil gris, minaudent. Arrêtée au creux des reins, la vareuse ne fera pas plus obstacle à nos entre­prises que la courte veste, qu’elle évoque, des putains en maison bien. On la lui laisse­ra donc ; mais elles la déboutonnent com­plètement et elles arrachent, par lambeaux, la chemise.

« Tu n’en auras plus besoin, lui dis-je (car son regard tristement s’attardait à ces loques). Mets-toi à quatre pattes. »

II obéit. Je le vexe d’un coup de talon sur les doigts, d’une torgniole à la nuque et d’une paire de gifles sèches. Sa nièce, contre moi serrée, deux fois le nasarde, et elle se retrousse pour que devant lui je la branle et la lèche. Pendant cela, les Juifs s’acharnent sur le cadavre du lieutenant, qu’ils ont traîné au fond de la pièce comme pour nous réunir mieux en famille, le général, sa nièce, les nègres et moi. La putain se dégage, va manier les pendeloques sous le ventre de la bête à galons.

« Les coups le font reluire, dit-elle (en lui crachant au front). Il bandouille un peu. »
Si délicieusement louve que je me sens épris d’une tendresse quasi fraternelle, elle lève les bras, par complaisance aux désirs de Viola qui derrière elle est venue pour lui retirer sa robe et langotter la raie d’entre les fesses. Toute nue, je l’empoigne de nou­veau ; d’une main, mes doigts plongent dans son vagin baveux ; de l’autre, douce­ment, je la socratise. Elle gémit. Alors je commence à bander.

« Mettez-vous nus, dis-je aux nègres. Publicola va enculer le général. »

Point n’est besoin de répéter pareil ordre. La vertu bandative de ces bougres-là, littéralement, crève les yeux. Au premier mot, au moindre signe perçu, leurs grands vits sont dehors, saillants comme des trin­gles en acier noir de guerre ou comme les pièces de chasse de vaisseaux armés en course. Celui de Publicola, mû par des reins sans pardon, s’est enfoncé jusqu’au poil des couilles dans la lunette du cyclope, et le nègre se courbe comme une lame de faux au-dessus du général allemand pour lui mordre la nuque. Pendant l’opération, j’ai poursuivi mon travail digital sur les parties intéressantes de la jeune princesse, et j’en recueille un double fruit ; à savoir, de son côté, l’émission de divers liquides, du mien, une vigoureuse érection de mon dragonneau.

«  Enfin, me dis-je, nous aurons foutaison. »

Je  me  délivre de ma robe d’évêque,  qui tombe  sur le plancher,  devant le nez du général ; j’assène un fort coup de poing sur ce nez, afin de mieux assurer la persistance de mon-érection, et sur cette robe je précipi­te ma nouvelle amie qui s’y laisse aller de bon gré, sans feindre même un peu d’em­barras, tant elle est fascinée par les propor­tions de mon vit et surtout par son grand pavois de bataille :  cette crête orange et mauve dont vous savez que je suis glorieux. « D’un bon coup, je pénètre par devant ma princesse jusqu’à battre  du  gland tel museau que l’on nomme, en italien, de la tan­che. Ce n’est pas, évidemment, con dépucelé ;  mais mon bélier est trop avantageux pour ne pas s’y sentir à l’étroit, et la coquine (musclée comme il faut, savez-vous) m’oc­troie des pincements fort gracieux en serrant et en desserrant son casse-noisette selon le rythme que j’impose. Bref, je la fous en con, sans décharger, pendant six à huit minutes, et puis je déconne, je la retourne et je l’ex­ploite en cul pendant à peu près le même temps. Je décule, sans avoir déchargé, au même moment que Publicola qui a juté à flots (son foutre étant beaucoup moins ficelé que le mien) dans les boyaux de Novar.
Après un coup de poing sur le museau encore (et deux gifles de Luna), j’oblige le général à sucer mon vit tout merdeux du cul de sa nièce, ce qu’il fait avec application, docilité, mesure, et sans penser, je crois, à me mordre. Bien. J’encule à mon tour le général ; je lui besogne assez rudement le boyau pendant au moins huit minutes, sans décharger. En même temps, pour occuper mes deux mains, je branle Viola et Candida, tandis que Luneborge fait aller derrière moi son corps comme si elle me sodomisait, son con tout contre mon anus, et qu’elle tord grièvement les oreilles de son oncle en passant les bras sur mes épaules. Déculant, toujours sans avoir déchargé, je présente une seconde fois mon vit merdeux (de sa propre merde) au général, pour qu’il me le nettoie dans sa bouche pendant qu’il s’exécute (et cette fellation m’est douce comme une entrée de gibiers entre le poisson et le rôti), je le fais enculer par le nègre Gracchus ; celui-ci n’est pas lent à lui remplir les entrailles du produit de ses couilles, mais il ne débande pas et continue à limer.


Luna est si pâle (les yeux tellement cernés dans le visage exsangue) que c’est à craindre le pire ou à espérer le meilleur. Elle se frotte à moi comme une hystérique, les jambes écartées dans une pose ignoble, le sexe béant (il en sort des effluves de safran et de champignon au vinaigre), le clitoris bandé si dur que je sens courir sur mes reins comme un doigt d’enfant ; cherchant à crever les yeux de son oncle, elle l’a cruelle­ment griffé au front et aux paupières. Quant à moi, je suis de plus en plus excité ; les insi­gnes et les décorations sur la vareuse du général, courbé, pour me sucer la pine, en posture d’oraison, chatouillent agréable­ment la face interne de mes cuisses, et il me semble qu’un épais nuage rouge est monté du sol autour de moi, de la princesse, du nègre et de l’Allemand pour nous dérober tous quatre à la vue des simples mortels et nous donner le support convenable à une orgie ou à un combat de dieux ou de démons. Le nègre, une dernière fois, décharge dans le cul de Novar ; il lui serre le cou de ses longues mains d’étrangleur, avec un rire que l’écho répercute comme les éclats tonitruants de ta jouissance olympien­ne. Alors je retire mon vit des lèvres du patient, je prends par le goulot une bouteille de cognac et, après avoir lampe une bonne rasade, je donne sur la gueule du général un coup si fort qu’il lui fait sauter trois dents. Luna, ravissante mégère, m’arrache des mains la bouteille, boit d’un trait la moitié du contenu, casse le tesson contre un anneau et défigure son oncle en lui poussant dans le visage deux coups terribles de la partie tran­chante ; puis elle tombe sur moi et avale goulûment mon vit en bavant du cognac. Je l’empoigne aussi, je roule avec elle, tête-bêche, sur le plancher ; je mords son poil suintant de foutre féminin et d’alcool, je plonge ma bouche et mon nez dans son vagin cependant qu’elle me pompe le vit avec un emportement qui est du plus furieux paroxysme. Enfin, je décharge : ce sont des cataractes de  foutre que je lâche dans la gorge de ma divine putain, qui avale tout, comme un ange. Et puis, je faiblis ; ma tête tourne ; c’est à peine, avant de m’évanouir, si j’ai le temps de crier cet ordre ultime aux nègres:
« Crevez le général. »
Revenu à moi, je vis que j’avais été bien obéi. Les cadavres des deux Allemands gisaient sous la colonnade, et la garce que j’avais désirée, nue encore, pelotonnée dans mes bras, me regardait avec une admiration tendre, comme si elle m’aimait pour de vrai.

Un long bassin d’argent – pièce assuré­ment de prix puisqu’elle avait été moulée, tout exprès pour M. de Montorgueil sur le corps d’une belle fille dont il avait voulu garder ce concret souvenir – circulait sur un petit chariot que menait Edmonde ; dedans, il y avait un arlequin de tartelettes au gingembre, de rouleaux farcis d’ail, d’oi­gnon, de miel et de graines de pavot, de choux en pâte peu cuite enrobant des noix en sucre pistache, de champignons confits, de melons doux-amers, de rosés rouges frites au gras de mouton. Nous nous servî­mes, nous mangeâmes sans dire mot, car c’était un pesant dessert après le récit que nous venions d’entendre, mais notre hôte, qui avait bu plus que de raison pendant qu’il racontait, et qui se trouvait passable­ment ivre, fut peut-être blessé par notre silence. Tout à coup, le visage envahi d’un flot de sang (les peaux très blanches ont de ces changements à vue), il nous mit en demeure de craindre sa colère, si nous savions précisément à quel endroit nous étions attablés.

Le château de Gamehuche, braillait-il, est un énorme vit courtaud, toujours bandé, qui peut décharger d’un instant à l’autre. Ses couilles sont les caves creusées vastement dans le rocher qui le porte, et elles débor­dent d’explosifs volés aux Allemands, puis aux Anglais et aux Américains. Des camions entiers y sont descendus, dont les carcasses achèvent de rouiller dans la mer. Sous nos pieds, il y a plus de matière fulminante que dans les soutes réunies de trois cuirassés, il y a des centaines de tonnes de tout ce que les hommes ont inventé de plus brisant, de plus destructif, de plus inflammable, de plus propre à volatiliser, et leur génie sinistre a fait merveille en ces domaines. Savez-vous bien qu’il me suffirait d’allumer la mèche de telle bougie que je sais, de tirer tel cordon, de branler tel petit bouton électrique, pour foutre tout en l’air dans une éjaculation grandiose qui amidonnerait le ciel comme la chemise d’un bagnard ? Et je le ferai, je le jure, à la première fois qu’après avoir bandé je ne serai pas capable de crac
La décharge de Gamehuche sera la revanche de mon fiasco !

Les nègres, mâles et femelles, avaient fui au début de la crise, plus effrayés par le ton de leur maître et par sa gesticulation brutale que par le sens même (qui avait dû leur échapper) de son discours. Luna, penchée sur lui, cherchait à le calmer, partant bas (ou soufflant chaud) à son oreille. Edmonde prit ma main en me disant que mieux valait les laisser seuls. Pourtant, avant que nous ne fussions sortis, il me cria encore :

« Ce soir, à huit heures et demie, n’ou­bliez pas de vous trouver sur la terrasse du rempart. Vous y verrez une jolie expé­rience. »

J’avais facilement obtenu d’Edmonde qu’elle vînt se réfugier dans ma chambre, niais nous étions tellement engourdis, après le pesant repas (nous avions mangé aussi d’un porcelet rôti vivant, comme l’oison vif et cuit selon la fameuse recette du Napoli­tain Délia Porta), que nous nous endormî­mes ainsi que de petits enfants. Une heure ou deux plus tard, quand je me réveillai, j’eus la bonne fortune d’ouvrir les yeux sur le grand et beau cul de cette fille, qui l’avait posé, pour m’en faire hommage, à moins d’un centimètre de mon nez. Elle retira du coffre certain élixir, dont elle me dit que c’était quintessence de céleri, et après en avoir bu deux verres je bandai sans rémission. Alors, jusqu’au soir, je fis prendre à ma partenaire toutes les positions qui me venaient à l’esprit, je l’exploitai de toutes les façons, je la besognai sur tous les points et en toutes les bondes que m’offrait son corps avec   une  inépuisable  générosité ;   elle  se prêtait à mes caprices, bénins ou vexatoires, comme une chienne bien habituée, mais elle montrait une timidité extrême quant à ce qui concernait Montorgueil et, quoique je me fusse prodigué de la prière à la menace et à l’imprécation, je n’arrivai pas à lui faire dire la moindre chose de son maître ni raconter le moindre détail de son entrée au château, son  mutisme  têtu,  à  ce  dernier endroit, confirmait assez ma pensée qu’elle avait dû y être menée contre son vouloir et après enlè­vement.
Vers les huit heures, nous fîmes quelques ablutions en commun,  suivant le plaisant usage de Gamehuche.  D’eau  très froide, elles me remirent en état la tête et les nerfs, qui m’avaient paru un peu dérangés, mais elles n’eurent aucun effet sur mon priapisme imperturbable : je continuai à bander tout comme auparavant, malgré tous les excès auxquels je m’étais livré sur le corps volup­tueux d’Edmonde, et celle-ci, avouant que j’avais bu peut-être trop de quintessence, me conseilla de m’habiller en bouclant serrée ma ceinture sur mon vit en position vertica­le, puisqu’il n’y avait pas moyen de le plier à quelqu’autre. Je suivis ce conseil ; la culotte de soie noire, qu’avait apportée mon amie, moulait une sorte de flèche dressée à hau­teur de mon nombril, cependant une longue veste (ou court mantelet) en velours de couleur pareille, avec des broderies blêmes, tombait assez bas, là-dessus, pour que la décence (si cette vertu avait trouvé logement en quelque coin du château singulier) ne souffrît nullement. Quand elle eut fini de m’ajuster, Edmonde m’embrassa, puis elle me dit qu’heureusement elle n’était pas conviée à l’expérience de ce jour et que j’al­lais monter sans elle au rempart. Là-haut, je ne trouvai pas non plus les négresses.

Seul de la tribu familière, le nègre Gracchus se promenait d’un bord à l’autre de la terrasse, et il affectait cet air dogue que ma personne, sans doute, lui faisait prendre hors de la présence du maître de maison. Avec lui, mais immobile, il y avait une fem­me qui m’était inconnue. Celle-là — dont les traits, quoique chagrins, annonçaient plutôt moins que plus de vingt ans — assise sur la balustrade peu élevée, tournait le dos à la mer ; elle me jeta un regard craintif, puis baissa de nouveau les yeux sur l’enfant de sept à huit mois qu’elle tenait étroitement embrassé. D’où sortaient-ils, tous les deux ? Je pensai que ce ne pouvait être que de l’une des tours à la fenêtre grillée, près de la porte cochère.

La terrasse, que j’avais vue, la première fois, dépouillée, se trouvait maintenant garnie d’accessoires comme un théâtre d’illusionniste.

Les objets n’avaient pas d’ombre  perceptible, à cause de l’heure avancée; cependant m’apparaissaient les moindres détails des êtres et des choses avec une merveilleuse acuité, dans cette lumière extraordinairement  diffuse  qui   baigne  le bord de mer, par beau temps, à la fin de la journée, quand les jours sont si longs que l’on dirait qu’ils peinent à finir  — et je distinguais dans chaque  couleur les plus menus écarts de nuances. Montorgueil n’aurait pu mieux choisir le lieu et le moment de son expérience. Au centre du pavement (indiqué par un losange de dalles plus sombres), un meuble, en forme de croix de Saint-André dans un cadre vertical, avait excité ma curio­sité par le bizarre appareil de courroies, de poulies et de leviers dont il était pourvu, mais j’échouai à m’expliquer d’une façon raisonnable son fonctionnement, ou son utilité. Un cadre plus petit, muni de cour­roies plus fragiles et dressé face à celui-là, ressemblait à un trapèze de salon. Il y avait encore deux grands fauteuils d’ébène et de cuir noir, un peu chauves-souris dans cette heure d’avant le crépuscule, et puis, sur un coussin d’astrakan mais teint en rosé framboise, un rasoir ancien qui devait être précieux, car il exhibait une lame roussie de damasquinures au bout d’un manche en or travaillé fiévreusement. Cet or, qui reposait sur du poil rosé, évoquant peut-être le contraste du dentier et de la gencive enflam­mée, fit sur moi une impression nettement désagréable.

(à suivre)

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